Emmanuel Martinez
Agence QMI

«La vie utile» : le mur d'Évelyne de la Chenelière

«La vie utile» : le mur d'Évelyne de la Chenelière

PHOTO COURTOISIE

Emmanuel Martinez

Pendant trois ans, l'auteure Évelyne de la Chenelière s'est affairée à écrire sur le mur du café de l'Espace Go. Un condensé est né de cet exercice, la pièce «La vie utile» présentée au même endroit et mise en scène par Marie Brassard.

Cette oeuvre expérimentale nous plonge dans la tête de Jeanne dans son ultime souffle de vie avant la mort. Mélange de souvenirs et de pensées, l'histoire ne se veut ni cohérente ni linéaire. À coup d'échos parfois lucides et originaux et de scène allégoriques, cette pièce a tout de même une ligne directrice qui est noire, dénuée de rire et de bien-être. La mort est là, l'espoir est vain et le passé est souffrance.

Par moment, le spectateur a l'impression d'entrer dans un cerveau malade, bousculé par des idées disparates qui luttent entre elles pour émerger une dernière fois à la surface. Pas nécessairement facile à suivre donc. La fatigue ou la frustration guette celui qui est trop concentré; l'indifférence ou le détachement celui qui ne l'est pas suffisamment.

La sombre trame aurait pu s'oxygéner avec davantage de confidences, des réflexions mieux interreliées ou des personnages multiformes qui dialoguent au lieu de monologuer. Mais l'auteur a préféré le trouble et l'instable.

Le jeu des comédiens est (volontairement?) froid et monochrome, à commencer par Évelyne de la Chenelière, qui interprète Jeanne sur le point de mourir. Détachée, elle offre une prestation cérébrale.

Ayant du relief et davantage d'énergie, la jeune Jeanne, qui passe d'un foetus rebelle à une enfant se prenant pour Jeanne d'Arc, fait toutefois figure l'exception. Elle est incarnée avec brio par Sophie Cadieux.

Reste alors une belle scénographie qui transmet avec finesse cette ambiance délétère, ces limbes complexes.

Si pendant trois ans ce mur a habité Évelyne de la Chenelière, pourquoi la sentons-nous cachée derrière des idées ou des personnages froids et lointains? Au lieu de nous rapprocher d'elle, cette démarche insolite, qu'elle voyait comme un espace de liberté, semble provoquer l'effet contraire. Oui, il y un mur, mais le spectateur s'y trouve trop souvent de l'autre côté.

Jusqu'au 1er juin à l'Espace Go.



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