Emmanuel Martinez
Agence QMI

«Les Hardings»: la culpabilité d'un non coupable

«Les Hardings»: la culpabilité d'un non coupable

PHOTO COURTOISIE, VALÉRIE REMISE

Emmanuel Martinez

La pièce «Les Hardings» s'attaque avec doigté à la responsabilité du chef de train Thomas Harding, dans la tragédie de Lac-Mégantic, un sujet encore chaud puisque ce Québécois a été acquitté de négligence criminelle en janvier dernier.

Pour y parvenir, l'auteure Alexia Bürger met en scène trois Thomas Harding : le cheminot à l'origine de la mort de 47 personnes en 2013, un écrivain britannique et un assureur américain.

Présentée au Théâtre d'Aujourd'hui, cette rencontre fictive entre trois hommes qui existent vraiment permet de lier les fils de leur existence respective, tout en abordant avec une certaine finesse des thèmes comme le hasard, la responsabilité ainsi que le poids du passé et du sentiment de culpabilité.

L'intérêt de cette oeuvre mélangeant le réel et l'imaginaire tient avant tout au dialogue entre ces hommes partageant le même nom, une excellente idée d'Alexia Bürger qui assure également une mise en scène impeccable. En effet, ceux qui ont suivi l'actualité de près connaissent déjà les détails entourant le rôle joué par l'ingénieur de train dans le drame de Lac-Mégantic, tandis que le drame de l'auteur britannique Thomas Harding se devine facilement, car il le laisse rapidement planer.

Reste donc l'Américain Thomas Harding, l'assureur interprété par Martin Drainville, qui est non seulement le plus drôle, mais qui semble également le plus intelligent et le plus original, malgré son côté «straight». Par ses observations calculatrices sur la faune humaine et par un plus grand détachement face à son histoire personnelle, il assure ainsi un contrepoids aux deux autres Thomas, marqués à vie par une tragédie.

Cet entretien entre Harding est renforcé par un joli décor tout en métal, des sons évocateurs (de train et de bicyclettes notamment), de la musique bien choisie et des projections vidéos qui donnent de la texture à ce spectacle.

Harding pas le seul responsable

Le parti pris de l'auteure pour déculpabiliser l'ingénieur de train et remettre une bonne partie de la responsabilité sur la compagnie ferroviaire Montreal, Maine & Atlantic (MMA) constitue une des trames du spectacle.

Les torts bien réels et médiatisés de l'entreprise sont soulignés à grands traits. Harding est par conséquent aussi victime de cette catastrophe, lui qui doit porter la lourde culpabilité d'autant de morts sur la conscience.

Toutefois, la pièce se garde bien de révéler que ce cheminot avait été suspendu cinq ans plus tôt par son employeur pour ne pas avoir actionné des freins à main sur un autre convoi arrêté qui s'était alors mis en mouvement. Son homonyme assureur aurait alors peut-être conclut que «le hasard n'existe pas, puisque tout n'est que probabilité».

Jusqu'au 5 mai au Théâtre d'Aujourd'hui.



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