Emmanuel Martinez
Agence QMI

«Hurlevents» : drôle, dure, actuelle

«Hurlevents» : drôle, dure, actuelle

PHOTO COURTOISIE/Gunther Gamper

Emmanuel Martinez

Une comédie dramatique peut-elle être vraiment drôle? Et si l'on rit, est-ce toujours dramatique? La pièce «Hurlevents» de Fanny Britt, mise en scène par Claude Poissant au Théâtre Denise-Pelletier, réussit brillamment à nous bidonner tout en constatant les ravages que l'amour peut faire sur son passage.

Mettant aux prises des jeunes de la génération Y qui invitent leur professeure de littérature à venir souper chez eux, cette production marie à la fois des thèmes d'actualité comme le consentement sexuel, le féminisme radical ou la place du français face à l'anglais avec des sujets intemporels, comme ce qu'est l'amour ou comment exercer sa liberté.

Viser juste

L'auteure Fanny Britt doit posséder une boule de cristal bien précieuse pour avoir visé si juste avec des débats aussi discutés dans les médias, elle qui a commencé à travailler il y a trois ans et demi sur ce projet très librement inspiré du roman «Les hauts de Hurlevent», d'Emily Brontë, un classique britannique du 19e siècle.

La langue qu'elle a créée, habilement débitée par les jeunes comédiens, est crédible, collée à la génération Y. Elle est notamment marquée par un concours que se lancent les colocs sur l'insertion de formule anglaise, une excellente idée qui fournit plusieurs punchs. Cette pièce a donc la qualité de trouver son ton et de camper les aspirations de ces étudiants qui veulent vivre leur amour, tout en respectant la liberté d'autrui.

Le récit se dénoue à bon rythme durant la première partie où les personnages se révèlent. Entrecoupées de réflexions drôles, de moments cocasses, les pièces du puzzle se mettent rapidement en place dans un climat tendu. Le monde d'Isa (joué par Emmanuelle Lussier-Martinez) commence à s'effondrer, celui d'Émilie (interprétée par Florence Longpré, une des vedettes de la série télévisée «Like-Moi») semble fragile, tandis que la professeure Marie-Hélène (Catherine Trudeau) révèle un secret. De son côté, Édouard (Benoît Drouin-Germain) ressemble à un genre de Louis-José Houde, attachant, nerveux, tiraillé par mille et une questions du genre «si je lui dis qu'elle est la plus belle, n'est-ce pas hiérarchiser la beauté et alors dévaloriser les autres femmes?».

Un clin d'oeil

La deuxième partie tombe dans un univers plus surréaliste, le sort de la plupart des personnages ayant déjà été scellé. C'est là qu'ils apparaissent brièvement habillés à la mode victorienne. Le clin d'oeil aux soeurs Brontë fonctionne. Cet éloignement à l'histoire de base nous offre un préambule intéressant au dénouement lorsqu'on apprendra tout le poids que porte Émilie.

Pour sa trame et son texte, bien appuyée par une mise en scène clairvoyante, cette pièce devrait plaire autant aux Millenials qu'à leurs ainés. Drôle, dur, actuel, voilà du théâtre qui remplit sa mission.

«Hurlevents» au Théâtre Denise-Pelletier du 31 janvier au 24 février 2018.



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