Ariane Labrèche
Agence QMI

Don Juan: après la guerre, les vices

 Don Juan : après la guerre, les vices

Maxime Gaudette.Photo Dario Ayala / Agence QMI

Ariane Labrèche

L'incorrigible séducteur et coureur de jupons compulsif n'est plus le même. Dans la pièce Don Juan revient de la guerre de Ödön von Horváth, Maxim Gaudette se glisse dans la peau du charmeur mythique, meurtri par des mois passés au front.

Berlin, dans l'entre-deux-guerres. Une ville démolie, encore teintée de l'humiliation subie par les Allemands, mais surtout une métropole en pleine effervescence. Au milieu des ruines, l'ex-soldat Don Juan erre à la recherche de sa fiancée disparue, assommé par un syndrome de choc post-traumatique. «Il l'a quittée pour aller faire la guerre. Ça l'a brisée, elle est tombée en dépression, et depuis, il ne sait pas où elle est et la cherche désespérément», explique le comédien Maxim Gaudette.

N'allez toutefois pas prendre en pitié celui qui depuis toujours traite les femmes comme de simples objets de désir. «On apprend vite qu'il a été tout sauf "cool" avec elle. Il l'a trompée, il l'a humiliée, il a fait des horreurs, comme il fait toujours. La guerre n'en a pas fait un homme honorable», souligne l'interprète.

De nuances et de repentir

Au cours de sa quête, Don Juan croisera les chemins de 35 femmes, autant de rôles que se partagent Évelyne de la Chenelière, Kim Despatis, Marie-France Lambert, Danielle Proulx, Évelyne Rompré et Mylène St-Sauveur. «Il a couché avec certaines d'entre elles, d'autres non, mais toutes lui rappellent une facette de sa fiancée perdue. Ensemble, elles sont le miroir qui lui renvoie tous ses vices au visage, et il le mérite. C'est un misogyne fini», remarque Maxim Gaudette.

Plus qu'un simple jeu, la drague est pour lui une dépendance, un comportement compulsif. «C'est un athée et un libertin, et s'il se met à trop réfléchir sur qui il est réellement..., avance Maxime Gaudette, avant de faire une pause pensive. Rien ne peut le sauver sauf la courtisanerie, c'est ce qui le tient en vie. S'il n'a plus ça, il n'a plus rien. Il sait qu'il se dirige tout droit en enfer, vers sa propre mort, et c'est une façon pour lui de vivre dans le déni et de ne pas affronter ses propres démons.»

Car des démons, il s'en cache au sein de la psyché de ce personnage beaucoup plus nuancé et complexe qu'il ne peut paraître. «Il est charmant, mais sa séduction est cruelle. Il ne peut pas se supporter, mais en même temps c'est un être profondément narcissique. Je pense qu'il est brutal parce qu'il sait qu'il est intolérable», croit Maxim Gaudette, qui admet en riant avoir trouvé un véritable défouloir dans ce rôle difficile.

Le mythe moderne

Si la pièce de von Horváth est éminemment sombre, elle est toutefois remplie de pointes d'humour et d'esprit. Emporté par le tourbillon des années folles, Don Juan retrouve bien vite de sa superbe et son énergie. Or, le gouffre n'est jamais bien loin. «Il se fait accuser de viol et finit par s'exiler, toujours à la recherche de sa bien-aimée. Il est vite confronté à lui-même», note Maxim Gaudette.

C'est sous une fine neige, dans un décor presque onirique, que le séducteur déchu arrivera aux portes de l'enfer. «Don Juan est un bonhomme de neige qui sent le temps se réchauffer de manière inexorable. L'abîme est transposé dans un univers délicat et la fin est assez douce, mais troublante...comme il peut l'être», laisse tomber le comédien.

Don Juan revient de la guerre de Ödön von Horváth sera présentée du 28 février au 25 mars, au Théâtre Prospero.



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