Ariane Labrèche
Agence QMI

Les Héros: combattre l'âgisme

 Les Héros : combattre l'âgisme

Guy Mignault, Michel Dumont et Marc Legault.Photo Sébastien St-Jean / Agence QMI

Ariane Labrèche

Mettre en vedette trois comédiens âgés dans une pièce qui se déroule au sein d'un hospice? C'est le pari qu'a choisi le Théâtre Jean-Duceppe avec la pièce Les Héros, une œuvre qui brise les préjugés, un rêve à la fois.

On sent tout de suite la grande complicité qui unit Guy Mignault. Michel Dumont et Marc Legault. Assis côte à côte, les trois hommes ne cessent de se relancer à travers une conversation ponctuée d'éclats de rire. «Nos personnages, ce sont trois vétérans qui ne peuvent vivre ensemble, ni se passer l'un de l'autre, détaille Michel Dumont, qui incarne Henri. C'est une pièce sur les vieux, sans âgisme. Ils ne sont pas malades ou faibles, ce sont des hommes qui ont décidé de vivre leur vie jusqu'au bout.»

Confortablement installé sur la terrasse de son hospice à l'été 1959, le trio se plaint, discute, tergiverse et élabore des plans toujours plus fous pour partir à la découverte du monde. «Mon personnage est un grand bougon que rien ne satisfait. Sauf quand il se met à rêver, explique Guy Mignault, qui se glisse dans la peau de Gustave, le meneur du groupe. C'est une pièce qui parle tout d'abord d'amitié.»

Triangle amical

Si la pièce de l'auteur français Gérard Sibleyras explore des enjeux reliés à la vieillesse, il s'en dégage une énergie juvénile. «Voir des vieux s'amuser sur scène comme des enfants, ça te touche, ça te brasse et ça t'aide à continuer la vie dans certaines difficultés. Ça met de la bonne humeur dans le cœur», affirme Guy Mignault.

La dynamique entre les trois personnages est au cœur du récit, et est faite de débats, d'argumentations et de prises de tête hautement divertissantes. «Il y en a un qui décide de partir en Indochine. Là, il faut régler ce problème-là!, s'exclame Michel Dumont. Mon personnage propose un pique-nique, mais l'autre veut emmener un chien, alors il faut voir comment on va le transporter...»

«Jusqu'à ce qu'un de nous dise que tout est compliqué ici, et que de trouver une bonne raison de se lever chaque matin, c'est infiniment plus compliqué que de déplacer un chien», complète Marc Legault, qui incarne Philippe. Des taquineries et des situations touchantes donc, mais qui servent d'enrobage à des thèmes beaucoup plus profonds.

S'évader par la rêverie

Faite de nuances et de poésie touchante, la pièce Les Héros ne tente pas d'enfoncer une morale dans la gorge du spectateur. «C'est un peu comme Le petit prince, une œuvre qui à la manière d'un édifice peut se lire à différents étages. C'est au spectateur d'en retirer la substance qui lui plaît», souligne Michel Dumont.

À chaque niveau, une constante demeure: l'importance du rêve. «Oui, leurs plans d'évasion sont complètement irréalisables. Ils le savent, mais l'important c'est de rêver, car lorsque tu rêves, tu es vivant», note Marc Legault. À défaut de pouvoir s'évader, les trois bonshommes finissent immanquablement par se réconcilier en regardant le vol des outardes, elles qui voguent véritablement vers d'autres cieux.

La pièce est présentée jusqu'au 4 février 2017, au Théâtre Jean-Duceppe, à la Place des Arts.



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