Camille Dufetel
Agence QMI

Festival Art souterrain: l'art de nous séduire

Festival Art souterrain: l'art de nous séduire

Une photo tirée de la série I was here d'Ambroise Tézenas. Photo Festival d'Art souterrain

Camille Dufetel

Sous le thème «L’art doit-il séduire?», la 8e édition du festival d’art contemporain Art souterrain se déploiera dans le réseau souterrain de Montréal dès la Nuit blanche, jusqu’au 20 mars. 24 Heures vous propose deux découvertes.

Installation – Collectif Pierre&Marie – Complexe Les Ailes Le mirage - Ici et maintenant - Brillant et scintillant

Le collectif Pierre&Marie est composé de Pierre Brassard et de Marie-Pier Lebeau, basés à Québec depuis 2008. Ces deux diplômés en ébénisterie s’intéressent notamment aux thèmes de l’artifice… et du désenchantement. Trois de leurs œuvres réalisées entre 2012 et 2015 et issues de deux corpus différents seront présentées.

«La beauté dans l’objet est vraiment partie intégrante de notre démarche: on a beaucoup travaillé autour du contraste entre des éléments teintés d’une certaine magie, avec une contrepartie plus chaotique, énigmatique, un peu plus noire», indique Marie-Pier Lebeau. Selon elle, ce contraste crée «quelque chose de tendu et d’un peu ambigu», une émotion entre le «c’est beau» et «l’espèce de dégoût», et vise à faire réfléchir.

«L’œuvre avec l’extincteur, Ici et maintenant, est comme un arrêt sur image d’une catastrophe, on a l’impression d’une perte de contrôle ; en même temps il y a l’arc-en-ciel, Le mirage, qui représente quelque chose d’un peu irréel, en forme solide c’est comme quelque chose qui ne se peut pas: de loin ça a l’air super cute, et en s’approchant on voit que les couleurs sont comme toutes séparées, il y a un effet d’écaillement aussi», a indiqué l’artiste.

«Les fondements de notre démarche prennent racine avec la société moderne, éphémère et son idéal de la beauté, poursuit-elle. On est dans le presque parfait.»

Le collectif sera présent de 20 h à 22 h le soir de la Nuit blanche, le 27 février, aux côtés de ses œuvres au Complexe Les Ailes.

Photographie – Ambroise Tézenas – Couloir de la STM - I was here

Photographe parisien, collaborateur régulier du New York Times Magazine, Ambroise Tézenas présentera une série de photographies sur le thème du tourisme de guerre. Celles-ci sont issues d’un projet sur lequel il a travaillé de 2008 à 2013, et dont a découlé un livre, intitulé en français «Tourisme de la désolation».

«Ces photos témoignent d’un certain nombre de drames, de violences, sur des lieux que moi-même j’ai visités par le biais de tours opérateurs, explique le photographe. Ce sont des endroits accessibles aux touristes et j’ai mené une réflexion sur "pourquoi ces lieux sont-ils si traversés, doivent-ils être visités par cette industrie touristique qui cherche sans cesse de nouvelles niches?" Car le tourisme macabre est une nouvelle niche, qu’on le veuille ou non.» Le photographe est notamment allé en Ukraine –Tchernobyl–, au Rwanda –génocide–, aux États-Unis sur les traces de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, pour constater l’offre touristique des tours opérateurs sur ces lieux de faits d’histoire relativement récents.

«Le dark tourism est une notion très anglo-saxonne qui définit cette forme de tourisme, ajoute-t-il. Il existe, la question est de savoir comment l’appréhender, faut-il juste s’étrangler en se disant "C’est une honte" ou faut-il se questionner en se disant: "Pourquoi ces touristes sont là?" N’est-ce pas une façon de conjurer le malheur et de se rassurer?»

Le photographe souligne que l’idée n’est pas de formuler un discours moralisateur, mais plutôt de questionner sur les conditions dans lesquelles on visite ces lieux: «Est-ce que ces faits d’histoire qui sont racontés par des guides qui ne sont pas des historiens ne sont pas sélectifs?», interroge-t-il.

D’après lui, l’art doit séduire dans le sens d’"interpeller": «On vit tout de façon tellement rapide à notre époque: parfois on touche la mort de très près et on a envie de s’en approcher, de voir si elle est bien réelle, envie peut-être de se sentir vivant», conclut-il.

Art souterrain en quelques chiffres:

-63 projets de 86 artistes canadiens et internationaux
-Dans 13 édifices de la ville souterraine, à travers quatre circuits
-Sur sept kilomètres

-Durant trois semaines


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