Camille Gaïor
Agence QMI

Artistes handicapés: pas facile de sortir de l'ombre

Artistes handicapés: pas facile de sortir de l'ombre

Reine Durocher, artiste peintre de 66 ans.Camille Gaïor / Agence QMI

Camille Gaïor

MONTRÉAL - Des artistes atteints de déficience intellectuelle peinent à trouver où exposer leurs œuvres.

Gilles Grégoire n'a pas beaucoup de mots pour s'exprimer, mais son visage et ses œuvres colorées suffisent à comprendre la passion qui l'habite lorsqu'il tient un pinceau.

À 67 ans, ce peintre qui a plus de 25 ans de carrière derrière la cravate, espère pouvoir percer un jour. Si aucune galerie n'a pour le moment accepté ses œuvres, sa plus grande fierté reste d'avoir été jumelé à Armand Vaillancourt lors de l'exposition «D'un oeil différent», qui présente des œuvres d'artistes ayant ou pas une déficience intellectuelle.

Éviter le ghetto

«Je ne suis pas contre les expositions dédiées aux personnes ayant une déficience intellectuelle, mais je trouve que ça fait un peu ghetto, a expliqué Stéphane Cayer, responsable de l'atelier d'art au Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement (CRDITED) de Montréal. J'aimerais sortir mes artistes de ça et les exposer dans des galeries traditionnelles.»

Le marché de l'art conventionnel ne semble toutefois pas prêt à accueillir ses créateurs, selon lui.

«Quand je présente des œuvres, certains galeristes refusent par peur que le travail ne soit pas constant ou pas toujours bon», a poursuivi M. Cayer, qui démarche maintenant des restaurants pour donner une chance à la dizaine d'artistes qu'il représente.

Des artistes assidus

Dans l'atelier de 800 pieds carrés situé au coin du boulevard Pie-IX et de la rue Ontario, Gilles Grégoire, Reine Durocher, Ansovina Dolce et les autres laissent aller leur talent. Un travail assidu qu'ils pratiquent près de cinq jours par semaine jusqu'à accumuler plus de 400 œuvres dans le fond de la pièce.

«Ce qu'on fait ici ce n'est pas récréatif, a ajouté M. Cayer. C'est plus une formation, car ces artistes n'ont pas accès aux écoles traditionnelles qui demandent un minimum de secondaire V.»

Un milieu difficile


Au-delà des barrières du handicap, ce serait surtout la complexité du milieu qui serait en cause, selon plusieurs.

«La plupart des artistes visuels vivent très mal, rappelle Robert Ascah, vice-président du conseil d'administration l'Écomusée du fier monde. Ce n'est pas étonnant que ce soit encore plus difficile pour les personnes ayant une déficience.»

Un avis partagé par Geneviève LeBel, dit LEB, artiste professionnelle en peinture, sculpture scénique et illustratrice. «C'est un monde cloisonné, rempli de niches, a-t-elle dit. Si tu fais du figuratif ou du paysage par exemple, tu ne pourras pas exposer avec des gens qui font de l'art conceptuel ou de l'art plus actuel.»

Pour leur part, les galeristes contactés ont affirmé recruter principalement des artistes ayant déjà une renommée ou possédant une certaine formation. Information: 514 254-1804 poste 0.

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