Marie-Claude Simard
Agence QMI

Le peintre et sculpteur Marcel Barbeau est décédé

Le peintre et sculpteur Marcel Barbeau est décédé

Marcel Barbeau. Photo Courtoisie

Marie-Claude Simard

Dernière mise à jour: 02-01-2016 | 18h43

MONTRÉAL - Le peintre et sculpteur Marcel Barbeau est mort samedi, à Montréal, à l'âge de 90 ans. Signataire du Refus global de 1948, il laisse derrière lui une œuvre importante et diversifiée.

Né à Montréal le 18 février 1925, M. Barbeau qui a eu pour maître le peintre Paul-Émile Borduas est un membre fondateur du mouvement des Automatistes en 1945. Alors que ses pairs étaient plutôt attirés par Paris, Marcel Barbeau a été un des premiers des automatistes à se rendre à New York pour rencontrer des artistes américains. Il a exposé à New York dès 1952.

Marcel Barbeau a vécu et fait carrière en dehors du Québec de 1958 à 1974, s'installant notamment à Paris, Vancouver, New York et dans le sud de la Californie. Il est retourné vivre en France à plusieurs reprises au cours de sa vie. Associé en début de carrière à l'expressionnisme abstrait américain, puis explorant une multitude de techniques picturales et multidisciplinaires, il a exposé à travers le monde. Encore en 2013, il avait une exposition solo à la galerie Chauvy, à Paris.

Inclassable et non conformiste

Selon l'historien de l'art John Porter, Marcel Barbeau a été porté jusqu'à la fin de sa vie par son extrême curiosité et son plaisir marqué pour l'exploration. Ses dernières oeuvres étaient toujours «jeunes, fraîches et inventives», dit-il.

Bien que son œuvre soit importante, elle demeure mal connue, en partie parce qu'elle est impossible à cantonner dans un style particulier. De plus, M. Barbeau rejetait toute forme de conformisme.

«Il croyait dans sa ligne directrice, dans son destin, il n'était pas fermé, tout l'intéressait», a dit l'ancien directeur général du Musée national des beaux-arts du Québec en entrevue.

«Il a peut-être été desservi par son caractère», a ajouté M. Porter, précisant qu'avec son franc-parler, l'artiste n'avait pas toujours réussi à mettre en valeur son œuvre.

Une œuvre éclatée

Artiste multidisciplinaire, Marcel Barbeau a aussi créé, en plus d'innombrables peintures et sculptures, des estampes, dessins, collages et photographies. Très intéressé par la performance, il s'est associé à des danseurs, musiciens et acteurs. On peut d'ailleurs entendre de la musique qu'il a lui-même créée dans le film de sa fille, la cinéaste Manon Barbeau, intitulé Barbeau, libre comme l'art.

M. Porter estime que l'œuvre de Marcel Barbeau est digne d'une grande rétrospective, comme d'autres de ses contemporains. Un tel projet comportera des défis de taille.

«C'est une œuvre importante, éclatée, très prolifique (qui s'étend sur 70 ans), aussi diverse que possible, et impossible à cantonner», a dit M. Porter.

Énergie et Lumière

En octobre et novembre 2015, la galerie d'art Michel-Ange, à Montréal, présentait une rétrospective de l'artiste, de 1945 à 2015.

«Sa peinture est énergisante, vivante, elle nous apporte de la lumière», a dit en entrevue Sonia Denault, propriétaire de la galerie d'art Michel-Ange dont Marcel Barbeau est un des artistes.

«Il avait le feu sacré. Le mois dernier encore, il peignait», a-t-elle ajouté.

Selon la galeriste, Marcel Barbeau a été le premier peintre québécois à faire de l'«all-over», un style abstrait des années 1940 associé au peintre américain Jackson Pollock.

«Lorsque Marcel Barbeau a montré ses œuvres dans ce style à Borduas, ce dernier lui a dit que ce n'était pas bon. Marcel Barbeau les a ensuite détruites», a expliqué Mme Denault. Pourtant, plus tard, d'autres automatistes, notamment Jean Paul Riopelle, ont adopté ce style abstrait, très gestuel, utilisant toute la surface de la toile.

Sonia Denault estime que Marcel Barbeau compte parmi les peintres majeurs du Québec, mais que ce fut long avant qu'il soit reconnu ainsi. Il a finalement reçu le prix du gouverneur général du Canada ainsi que le prix Paul-Émile-Borduas en 2013, et a été nommé officier de l'Ordre national du Québec, en 2015.

«C'était un grand homme, un grand artiste, il va me manquer», a conclu Mme Denault.

Marcel Barbeau laisse dans le deuil ses enfants François et Manon Barbeau, et sa conjointe, Ninon Gauthier, ainsi que ses petits-enfants.

Aussi sur Canoe.ca:



Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos