Le personnage reste crédible jusqu'au bout

 Cette fille-là - Le personnage reste crédible jusqu'au bout

Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal

S'adresser aux ados au théâtre relève de la haute voltige. Maintenir leur intérêt, les toucher fort fort fort, ouvrir une brèche dans leur intimité sans leur faire la morale... Voilà ce qu'accomplit avec aplomb la production de Cette fille-là, présentée à la Maison Théâtre.

Cette fille-là pourrait être votre soeur, votre nièce, votre amie, la chair de votre chair. Cette fille-là longe les murs, mange seule le midi, cachée dans un coin de la cafétéria, s'assoit derrière le chauffeur de l'autobus scolaire, pleure le soir dans son lit quand nul ne peut l'entendre, quand personne ne peut rire d'elle. Cette fille-là est partout, on l'a tous croisée.

Elle a heurté le coeur de la Canadienne Joan MacLeod peu après le meurtre d'une jeune de 14 ans par un groupe d'adolescents à Victoria en 1997. Elle s'appelait Reena Virk. Elle était ce que les ados qualifient de reject, celle qu'on tabasse. En Colombie- Britannique, ces jeunes sont allés trop loin. Sans mourir, d'autres souffrent encore en silence à l'heure actuelle.

Partir du fait divers

L'histoire vraie a inspiré l'auteure, qui a inventé le personnage de Braidie, une ado de 15 ans qui, troublée par un fait divers similaire, plonge dans ses souvenirs et se met à réfléchir sur ses propres agissements, les siens et ceux de sa bande de copines, qui s'acharnent sur une certaine Sofie.

Hantée par ce meurtre, Braidie, jouée avec nuances et justesse par Stéphanie Kym Tougas, passe ses journées sur la plage, s'adresse à son grand frère absent, lui révèle ses sentiments et parle de sa relation trouble avec sa mère.

Seule sur scène pendant plus de 90 minutes, la comédienne, une jeune adulte qui oeuvre surtout à Ottawa, n'est pas tombée dans le piège fatal d'exagérer le langage type des jeunes, d'emprunter la démarche full cool, le port de tête révolté et tout le reste.

Elle est crédible jusqu'au bout de ses petites mains qui se crispent quand elle «pète sa coche».

L'éternité d'un drame

Le metteur en scène Joël Beddows a honoré ce poème dédié à une jeune fille morte trop tôt au bord de la mer en misant sur la sobriété, en laissant surtout vivre le texte, fort et puissant, traduit de l'anglais par Olivier Choinière. Dépourvue de fioritures inutiles qui rappellent l'adolescence, la pièce, composée de projections visuelles, donne toute la place à la force des mots parfois durs, jamais démesurés, souvent entrecoupés de silences bien calibrés.

Que cette oeuvre empreinte aussi de quelques touches d'humour et produite en 2004 par deux compagnies de théâtre québécoises ait encore plusieurs vies. Lors des représentations, le silence s'installe dans la pénombre avec une force déconcertante. Les ados sont atteints, très concentrés. Difficile d'en dire autant d'un cours de maths.

  • Cette fille-là, une pièce de Joan MacLeod, mise en scène de Joël Beddows. Avec Stéphanie Kym Tougas. À la Maison Théâtre jusqu'au 22 mars. 12 ans et plus.

Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos