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Traffik femme - Une femme-objet humaine
© Photo Martin Chevalier
L’actrice Nico Lagarde, la metteure en scène Lynne Cooper et l’auteure Emma Haché.

TRAFFIK FEMME

Une femme-objet humaine

Benoît Aubin
10-04-2010 | 04h00

C’est vrai que le sexe fait vendre. Prenez l’affiche de Traffik femme, une pièce de théâtre «engagée» qui s’intéresse à la détresse des travailleuses du sexe: l’affiche montre une jeune femme nue, de dos, qui peut-être danse, peut-être s’enfuit.

«Je ne jouerai pas nue, cependant», précise Nicole-Sylvie (Nico) Lagarde, qui porte, seule en scène, ce monologue dans lequel une travailleuse du sexe raconte ses mésaventures.

Traffik femme tourne autour de ce paradoxe. La séduction, l’érotisme et la pornographie ont bonne presse, mais l’industrie qui en découle est, elle, souvent abjecte.

«L’idée n’est pas tant de dénoncer, de trouver des coupables, que de faire un portrait réaliste de la situation», dit la comédienne. «Mais le fait est que plusieurs femmes qui y participent ne le font pas par choix.»

La pièce est le fruit d’une collaboration entre l’actrice, l’auteure Emma Haché, et la metteure en scène Lynne Cooper. Leur point de vue est que «l’érotisme, la sexualité sont très valorisés dans notre société, mais grattez juste un peu sur le vernis, et vous arrivez vite dans un univers sordide».

«C’est sûr que c’est un sujet dur, mais notre but est d’entrer en dialogue avec le public, dit Emma Haché, l’auteure. Alors, on ne va pas lui sauter au visage ou le gifler, pour qu’il ne se ferme pas.»

«Rien n’est vraiment tranché en noir et blanc dans ce domaine, continue Lynne Cooper. Une femme peut choisir de se prostituer. Pour nourrir son enfant, acheter sa drogue, ou changer de pays.»

PAS DE NOM

Le personnage qui livre son témoignage sur scène n’a pas de nom. Évidemment. La travailleuse du sexe est la femme-objet par excellence.

«Le défi pour moi c’était de montrer l’intériorité de cette femme-là, en dessous de l’image qu’on a collée sur elle, dit Emma Haché. Explorer ses zones de lumière, ses parties plus sombres aussi. Je voulais montrer son humanité à elle.»

Différentes langues, différents accents

Elle est blonde et s’appelle Lynne Cooper, sa mère vient de Trinidad et elle est née au Honduras, mais, en fait, elle est Chilienne: ses ancêtres étaient des Anglais émigrés en Amérique du Sud depuis des générations. Une Québécoise comme les autres, quoi…

La pièce qu’elle dirige, Traffik femme, sera présentée en français pendant une semaine, puis en anglais pendant une autre, au MAI, le Montréal arts interculturels, rue Jeanne-Mance.

«Peut-être que des francophones seront fâchés parce que nous faisons la pièce dans les deux langues, mais pour moi, c’est très important de ne pas nous limiter à une seule langue, un seul groupe. J’aimerais ensuite pouvoir monter la pièce en espagnol, en arabe, et dans les autres langues qu’on parle à Montréal», dit-elle.

AVEC UN ACCENT

Nicole-Sylvie Lagarde tient le rôle dans les deux langues. «Je pourrais le faire en espagnol aussi, mais avec un accent, cependant.» «Pas grave», coupe Cooper. À Montréal, les gens parlent différentes langues, et ils parlent le français, ou l’anglais, avec différents accents. «Tout le monde parle avec un accent ici, tout le monde a une deuxième, une troisième langue.»

Avant de conclure: «Pourquoi ne pas retrouver ces accents-là au théâtre?»

  • Traffik Femme, de Emma Haché, mise en scène de Lynne Cooper, avec Nico Lagarde. Au MAI, 3680 Jeanne-Mance du 14 au 18 avril (en anglais du 21 au 25).

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