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New York - Chaussures scintillantes au coin de la rue
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Don Ward, un personnage coloré.

NEW YORK

Chaussures scintillantes au coin de la rue

Marie-Joëlle Parent
22-03-2010 | 05h27

Impossible de passer à l'angle de la 47e Rue et de la 6e Avenue, à Manhattan, sans être interpellé par Don Ward, le cireur de chaussures de Midtown. C'est un de ces personnages qui font de New York une ville si unique.

L'homme de 44 ans quitte sa maison du Bronx chaque matin, qu'il pleuve ou qu'il neige, pour installer son stand et ses deux fauteuils au même coin de rue, son bureau depuis plus de 10 ans. L'endroit idéal pour attraper les hommes d'affaires en cravate.

La technique de Don Ward? Un mélange de blagues qui frôlent l'arrogance, un peu d'improvisation et un humour typiquement new-yorkais. «Monsieur, vous voulez garder votre travail? Regardez vos chaussures!» «Tu penses que tu peux avoir du succès, jeune homme ? Regarde tes chaussures! Ce sont les petits détails qui comptent». «Hey, mec? Tu aimes tes Doc Martens? Prouve-le!»

Et ça fonctionne. Il cire jusqu'à 60 paires par jour, cinq jours par semaine. Entre l'Halloween et le Jour de l'An, il est là chaque jour. En 22 ans de carrière, il a ciré près de 750 000 chaussures. Il a Karl Rove, l'ancien conseiller de George W. Bush, et quelques vedettes dont il se garde bien de révéler le nom comme clients. Il dit qu'il s'arrêtera à un million. «Dans 10 ans environ», me dit-il, tout en frottant les bottes usées d'un touriste venu de Madrid qui ne pige visiblement rien à son accent de Brooklyn.

Les risques du métier

La plupart des passants l'ignorent avant de regarder, gênés, leurs pompes un peu plus loin. Dans certains cas, ça peut dégénérer. Un client lui a déjà craché dessus, un autre lui a balancé sa mallette au visage et, récemment, on lui a volé son stand.

Mais le pire, selon lui, ce sont les clients grippe-sous. «Ils voient que c'est 5 $ et ils essaient de négocier un prix plus bas.» Depuis le début de la récession, les cireurs de chaussures sont de plus en plus occupés. «Ils viennent tous me voir, du concierge au PDG.» La théorie de Don? «Les gens qui ont besoin d'un emploi font cirer leurs chaussures, les gens qui ont un emploi font cirer leurs chaussures pour le garder. Le patron remarque.»

Il a lui-même retenu la leçon. Après avoir hurlé à un homme de regarder ses chaussures il y a quelques années, cet homme lui a répondu: «Regarde donc tes propres souliers!» «Je me suis promis que ça ne m'arriverait plus jamais. Depuis, chaque matin, avant mon café, je cire mes souliers», raconte Don.

Le plus gros pourboire qu'il ait reçu? «Un homme m'a demandé quel avait été mon plus gros pourboire, je lui ai dit 100 $ il m'a dit, tiens, 101 $, c'est moi maintenant, ton plus gros pourboire», raconte Don, probablement un des hommes les plus heureux de faire ce métier. Et fier.

«J'adore ce que je fais. Je souris tout le temps. J'aime la liberté. Je suis l'employé et le patron. Ce stand, ce n'est pas un piédestal, c'est mon outil de travail», dit-il.

Si vous passez par là, allez lui dire bonjour. Dites-lui que c'est «Merie» qui vous envoie.

Pour voir la vidéo de ma rencontre avec Don Ward, cliquez ici.

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