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Lipsynch - Une journée au théâtre
© Photo Courtoisie
Rebecca Blankenship et Carlos Belda dans un tableau de Lipsynch.

LIPSYNCH

Une journée au théâtre

Benoît Aubin
28-02-2010 | 14h00

C’est toujours la première chose dont on parle au sujet de Lipsynch: la pièce dure neuf heures! Une journée d’ouvrage au complet à écouter une pièce de théâtre qui «explore les différents aspects de la voix et de la parole» en quatre langues.

Lipsynch n’est pas du tout le genre de torture pour intellectuels masochistes que la présentation peut laisser croire, selon les critiques européens et américains qui ont écrit sur la pièce.

«Ça se prend plutôt comme un feuilleton ou une télésérie qu’on décide d’écouter en rafale un bon dimanche», affirme Lise Castonguay, comédienne et une des co-auteurs de la pièce.

L’oeuvre est divisée en neuf segments d’une durée à peu près égale. Chacun raconte une histoire différente, mais tous traitent du même thème: la voix, la parole, examinées sous toutes leurs coutures. Le premier tableau s’intéresse à la voix humaine dans ce qu’elle a de plus primaire (celle d’un nourrisson) et dans ce qu’elle a de plus raffinée (celle d’une cantatrice).

On est à bord d’un avion, une femme meurt. Une cantatrice décide d’adopter son bébé. Et c’est parti. Chaque comédien (ils viennent de trois continents et parlent quatre langues différentes) joue le rôle principal dans une des histoires et des rôles secondaires dans les autres.

CRÉATION COLLECTIVE

Même si l’oeuvre est l’idée de Robert Lepage, qui en est le contremaître, il s’agit d’une création collective. Chacun des neuf comédiens est reconnu comme co-auteur et touche des droits à chaque représentation.

Chaque tableau raconte une histoire distincte, mais le tout est relié. Des personnages vus dans un tableau refont surface dans d’autres, et tout tombe en place à la fin.

«Grâce au génie de Robert (Lepage) pour la mise en scène, la journée passe très rapidement, c’est un peu comme partir en voyage, dit Lise Castonguay. À chaque représentation, il y a des gens qui viennent nous dire qu’ils en auraient pris davantage.»

Le travail de gestation et d’écriture de Lipsynch a duré plusieurs années. Une version dite «work in progress» (elle ne durait que cinq heures) a déjà été jouée à Montréal, au Festival Trans Amérique, il y a quelques années. Lipsynch fut jouée à New York l’automne dernier. Elle sera présentée à Vienne et Naples plus tard ce printemps, puis à Taipei à l’automne.

Au théâtre Denise-Pelletier, on a le choix de voir la pièce au complet, en fin de semaine, ou en trois segments, sur trois soirs consécutifs en semaine.

Théâtre Denise-Pelletier, du 27 février au 14 mars.

Une artiste qui donne de la voix

Lise Castonguay a tenu des rôles au cinéma et à la télé, mais elle est surtout connue des habitués du Théâtre du Trident. Elle vit à Québec, y enseigne l’art dramatique, en élevant ses trois enfants.

Du moins, c’est ce qu’elle fait, quand elle ne voyage pas entre New York, Vienne ou Taipei, au sein d’une équipe polyglotte et multi-disciplinaire, à jouer une des pièces les plus extravagantes du répertoire mondial, Lipsynch, dont elle est aussi un des co-auteurs.

«C’est le meilleur des deux mondes pour moi», admet la comédienne qui se dit « bien installée» à Québec.

Lipsynch a été jouée une soixantaine de reprises depuis qu’elle a atteint sa forme finale, le format de neuf heures, en 2008. «Nous tournons à un beau rythme, qui me permet quand même de travailler une ou deux pièces par année, ici, à Québec.»

Lise Castonguay s’intéresse au chant et elle enseigne la diction au Conservatoire. Elle se dit aussi fascinée par ce qui s’est passé au Québec «entre la publication du Refus global (1948) et la Nuit de la Poésie de 1970». Ce fut, explique-t-elle, la période d’incubation de la « grande prise de parole des Québécois».

La voix. La prise de parole. Bingo! Lipsynch est une pièce qui explore les multiples facettes de la voix et de la parole. Robert Lepage et Lise Castonguay se sont connus au Conservatoire de Québec et ont travaillé ensemble sur certaines de ses premières oeuvres.

«Ensuite, nous nous sommes perdus de vue, j’ai élevé une famille.» Robert et moi cherchions depuis quelque temps une façon de reprendre notre collaboration», dit-elle.

OUVRIR DES HORIZONS

Dans son segment de Lipsynch, Lise Castonguay est une libraire qui collectionne les oeuvres québécoises des années 60. Elle est une accro de la Révolution tranquille, qui va jusqu’à s’habiller comme à l’époque. C’est aussi une schizophrène qui «entend des voix».

Travailler avec des artistes venus de partout, à développer une pièce qui dure neuf heures et se joue en quatre langues, «a posé des difficultés, des défis extraordinaires. Mais ils étaient les mêmes pour tout le monde».

Le résultat? «Ça ouvre des horizons de manière extraordinaire. Il n’y a plus d’obstacles, plus de routine. Il n’y a plus de frontières.»

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