Accueil Divertissement
 
JDM
Festival TransAmériques - Les trois mousquetaires
© Jocelyn Malette
Robert Lepage, Sylvie Guillem et Russell Maliphant unissent leurs talents pour présenter une oeuvre hybride, mi-danse, mi-théâtre.

FESTIVAL TRANSAMÉRIQUES

Les trois mousquetaires

Benoit Aubin
Le Journal de Montréal
02-06-2009 | 09h58

Ce n'est vraiment pas tous les jours qu'on voit trois grands artistes, au sommet de leur art et de la gloire, s'éloigner de leur zone de confort, et prendre des risques, uniquement pour voir ce qui pourrait en résulter.

C'est ce qu'ont fait le dramaturge québécois Robert Lepage, la ballerine parisienne Sylvie Guillem, et le chorégraphe britannique Russell Maliphant.

Chacun, dans son genre, est une célébrité, acclamée à haut prix, amplement capable de tenir l'affiche dans sa spécialité, n'importe où dans le monde. Guillem est une ex-star du ballet classique, qui se réinvente dans le moderne. Maliphant est un créateur-phare de la danse contemporaine, et Lepage a révolutionné à lui tout seul l'écriture dramatique et la mise en scène.

À l'instigation de Sylvie Guillem, qui les a provoqués à «se mettre en danger sur scène», ils se sont attaqués à créer une oeuvre à trois.

«Il en résulte quelque chose qui n'a pas de nom, et qui n'appartient à aucune catégorie», dit l'athlétique danseuse aux cheveux roux.

Arts martiaux chinois

Russell Maliphant, qui pratique les arts martiaux chinois - comme technique d'entraînement et source d'inspiration pour ses chorégraphies - admet candidement:

«Je n'avais aucune idée du langage scénique que l'expérience finirait par créer.»

Arrive le produit, avec un nom à coucher dehors - Eonnagata - offert à guichet fermé en première nord-américaine trois soirs cette semaine au Festival TransAmériques.

L'oeuvre est un compromis qui cumule les ambiguïtés.

«Il n'y avait pas de maître, de chef de projet» dit Robert Lepage. L'homme de théâtre sait raconter une histoire; Maliphant, le chorégraphe moderne, ne raconte pas d'histoires dans ses oeuvres.

«Finalement, nous avons trois artistes qui racontent tous la même histoire», résume Mme Guillem.

C'est celle d'un personnage totalement ambigu en lui-même: Charles de Beaumont, chevalier d'Éon, militaire, diplomate, es-pion, et travesti - par profession, et peut-être par goût - à la cour de Louis XV - à l'époque de la bataille des Plaines d'Abraham.

Critiques mitigées

Le tout est un spectacle, mi-danse, mithéâtre, «sans vidéo» soupire Lepage, mais avec des paroles et une trame sonore, et présenté comme un kabuki, le théâtre classique du Japon...

Maliphant y joue le jeune chevalier guerrier, Guillem, l'espion travesti dans les salons du pouvoir, et Lepage, «âge oblige», soupire-t-il, le gentilhomme qui vieillit mal, pauvre et déchu, à Londres.

L'oeuvre fut créée à Londres cet hiver et s'est valu des critiques mitigées. Les fans de chacun des trois s'attendaient à plus de leur star favorite. Mais, dit Lepage, c'est un work in progress qu'on est encore en train de réinventer à chaque fois.

Après Montréal, Eonnagata sera jouée à Québec, puis à Toronto.

haut