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Jean-François Mercier |
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GALA DES OLIVIER
Paroles d'humoristes
Michelle Coudé-Lord
24-05-2009 | 04h00
Quel regard portent les humoristes sur le métier?
Jean-François Mercier, André Sauvé et Daniel Grenier nous en disent plus.
Jean-François Mercier
Comment se porte
l’humour au Québec?
L’humour se porte bien mais c’est un point
de vue bien égoïste. L’humour se porte
bien au niveau de ses ténors de la même
façon qu’on peut dire que la chanson au
Québec se porte bien quand on regarde
Céline Dion. Il y a une belle relève prête à
éclore mais il n’y a à peu près rien pour les
plus jeunes comme plate-forme de diffusion.
C’est dommage parce que la relève
c’est l’avenir.
Pourquoi est-ce
difficile de faire rire?
Il faut surprendre et déjouer l’intelligence
des gens et les gens ont vu beaucoup d’humour
alors, ils voient venir les gags. En plus,
aussitôt que quelqu’un est de mauvaise foi,
il devient impossible de le faire rire.
Comment les humoristes
sont-ils perçus par les pairs de
l’industrie culturelle au Québec?
De manière plutôt négative. Il y a une hiérarchie
dans les arts et l’humour est en
bas. Tandis que l’art est souvent élitiste et
s’enorgueillit de s’adresser à un groupuscule
d’initiés. Ça m’est arrivé souvent de
ressentir un certain mépris de confrères
de l’industrie culturelle à l’endroit du
métier d’humoriste, mais jamais ce
mépris m’était adressé personnellement.
Le numéro qui vous a
exigé le plus de travail?
C’est toujours les plus plates parce que
ceux-là, on n’est pas inspiré et c’est pour
ça qu’il faut travailler plus fort.
Que fut votre pire
moment sur scène?
J’ai eu deux blancs de mémoire interminables
au gala hommage de mon idole
Yvon Deschamps… un vrai cauchemar
que je ne souhaite à personne. Tous les
autres moments difficiles que j’ai vécus
n’arrivaient pas à la cheville de celui-là.
Et si vous n’étiez pas humoristes vous seriez…
Je serais endetté.
André Sauvé
Comment se porte
l’humour au Québec?
Dans mon cas il se porte plutôt
bien… et je crois que c’est le cas
pour le reste de l’humour au Québec.
Rire répond à un besoin. L’humour
libère et met les choses en
perspective et c’est là à mon avis un
signe de santé que de relativiser la
réalité qui nous entoure. Alors Rions!
Pourquoi est-ce si
difficile de faire rire?
Parce que l’humour touche à l’ombre chez l’humain.
Ce qui est très drôle est souvent, en seconde
lecture, très dramatique. L’oeuvre de Charlie Chaplin n’est que drame:
un anti-héros, mésadapté, victime. Il touche et pointe ces parties que
l’on a tous en soi. Je crois que pour faire rire il faut accepter de descendre
dans ces zones-là en dedans de soi et de remonter en l’ayant
transformé d’un seul degré pour faire rire.
Comment les humoristes sont-ils
perçus par les pairs de l’industrie culturelle au Québec?
Je ne penche pas sur ce genre de questions. Je suis plutôt d’avis qu’il
faut faire ce que l’on a à faire. Je crois que penser à ce que les autres
pensent de soi, c’est mettre le focus au mauvais endroit. La façon
dont on est perçu ne nous appartient pas.
Quel le numéro qui vous a exigé le plus de travail?
Le numéro de l’épicerie. C’est un numéro qui a mijoté très longtemps
dans ma tête sans en connaître la nature. Des p’tits bouts de papier
accumulés au fil des mois et tout d’un coup la lumière a allumé. Le
défi était d’oser aller à fond dans la folie. De nommer ces ruminations
internes et les incarner le plus possible de façon vraie. Ce fut un
numéro difficile à écrire et qui reste exigeant à jouer.
Le pire moment sur scène?
Avant même le rodage, j’avais casé un numéro dans un bar. Aucun
rire, rien. Un extra-terrestre en avant. Première réaction… découragement.
Deuxième réaction... je me suis dit «ok, les gens m’ont trouvé
étrange… bien je vais aller encore plus loin dans cette direction-là.»
Si vous n’étiez pas humoriste vous seriez…
Un gardien de mouton? Du moins ce serait un souhait. J’envie parfois
les métiers tranquilles. Éleveur de chien chez Mira par exemple.
Complètement un autre mood, moins de stress.
Daniel Grenier
Comment se porte
l’humour au Québec?
Ça dépend dans quelle
région du Québec.
Pourquoi est-ce
si difficile de faire rire?
C’est difficile si tu trouves ça difficile,
mais nous on trouve ça l’fun.
Comment les humoristes
sont-ils perçus par les pairs
de l’industrie culturelle?
Ils nous adorent. Ils nous
demandent toujours de faire
du canoe-camping avec eux.
Votre numéro le
plus exigeant?
Le sketch de la cassette
avec François Morency.
Votre pire moment
sur scène?
La fois où j’étais déguisé en
mouche et que j’ai foncé dans
le décor… le décor est tombé.
Si vous n’étiez pas
humoriste vous seriez…
N’importe quel job que
j’aurais pu faire à la campagne.
Un rire payant
Malgré la crise économique, le rire n’a jamais été aussi payant pour
certains humoristes au Québec. Ils vendent des billets comme des petits
pains chauds. «En temps de crise les gens veulent se distraire pour
oublier leurs problèmes. Donc, pour cela, l’humour vient à la rescousse
de la crise», expliquent les humoristes. Voici les plus gros vendeurs de
billets de spectacles chez les humoristes en 2009 au Québec.
- Martin Matte: 350000 billets
- Louis-José Houde: 290000 billets
- Rachid Badouri: 230000 billets
- André Sauvé: 100000billets