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LES PIEDS DES ANGES  - Aller vers la lumière
© Le Journal/JOCELYN MALETTE
Alice Ronfard met en scène la pièce signée Évelyne de la Chenelière.

LES PIEDS DES ANGES

Aller vers la lumière

Benoit Aubin
29-03-2009 | 04h00

Évelyne de la Chenelière peut bien écrire une pièce sur l’influence qu’a eue sur l’histoire de l’Homme, l’apparition des pieds des anges dans les tableaux de la Renaissance. Après tout, le pape a bien parlé de l’importance de la machine à laver dans le mouvement de libération des femmes. Même affaire, non?

C’est vrai que les pieds des anges ne sont apparus en peinture qu’à la Renaissance. Avant, on croyait qu’ils n’en avaient pas. C’est vrai aussi que la Renaissance est une période charnière, le creuset des temps modernes.

Les pieds des anges, c’est le sujet de la thèse que défend le personnage principal, joué par Sophie Cadieux. Mais ce n’est pas le vrai sujet de la pièce, juste un trompe l’oeil, un autre truc qui est apparu à la Renaissance.

Le vrai sujet de la pièce, alors? Voici un indice. L’auteur est une femme. Le metteur en scène, Alice Ronfard, aussi. Avec Sophie Cadieux, la distribution comprend d’autres femmes. Mireille Deyglun, Enrica Boucher, Diane Lavallée, Isabelle Roy.

INQUIÉTUDE EXISTENTIELLE

Alors? On ne va pas dire platement que ça parle d’affaires de filles, ni même de préoccupations féminines. «C’est une histoire simple, dit Alice Ronfard, une collaboratrice de longue date de Mme de la Chenelière. C’est l’histoire d’une fille qui découvre qu’après le suicide de son jeune frère, elle a été surévaluée par ses parents éplorés.»

La dynamique de la pièce repose là-dessus. «Ça parle de plein de choses, mais le texte ne va pas en ligne droite», dit Alice Ronfard. Mais de quoi ça parle ?

«De la vie, de la mort, de notre rapport au temps, de choses fondamentales, dit Alice Ronfard. À travers des histoires qui nous semblent anodines, il y a comme en lame de fond cette espèce de quête un peu folle des êtres humains à conquérir le temps.» Avant d’ajouter: «Évelyne travaille beaucoup sur le bonheur. C’est rare ça. Le théâtre est souvent pessimiste, noir. Elle, au contraire, c'est le désir d'aller vers la lumière, le bonheur simple.»

La grande force d’Évelyne de la Chenelière, dit son metteur en scène, c’est de comprendre les gens ordinaires. «Évelyne a la capacité de capter les gens. Du petit monde qui a une grande âme, mais n'a pas le vocabulaire pour réfléchir.»

  • À l’Espace Go du 31 mars au 25 avril.

Plus qu’un symbole

La Renaissance a été cette période de grâce au cours de laquelle l’Europe a mis fin à des siècles de superstitions et de barbarie, pour remettre la science et l’art au centre de sa démarche.

La symbolique de la pièce d’Évelyne de la Chenelière est transparente. «Nous avons grand besoin d’une nouvelle renaissance aujourd’hui, d’une rupture d’avec nos vieilles certitudes, pour voir un peu de lumière et de bonheur », dit sa collègue et metteur en scène, Alice Ronfard.

La révolution intellectuelle de la Renaissance a été inséminée par la science et la philosophie des Grecs et des Romains, dont l’Europe avait tout oublié.

Les Arabes étaient les dépositaires de cette science, qu’ils ont enrichie et raffinée. Ils l’ont ramenée en Europe des siècles plus tard, quand les Maures ont envahi l’Espagne, et puis bang, fin de l’âge des ténèbres en Europe.

La symbolique de la pièce inclut cela aussi.

«La thèse, c'est que c’est peut-être de ce qui nous fait le plus peur qu'on va renaitre, dit Ronfard. Ce qui nous fait le plus peur en ce moment, c’est l’Islam.»

À la fin de la pièce, quand un bébé meurt, c’est une femme voilée qui vient porter un message de lumière et d’espoir. «C’est assez révolutionnaire», assure Ronfard.

Sur papier, peut-être. Mais qui joue cette musulmane voilée par qui viendra la lumière? Mireille Deyglun, excellente comédienne au demeurant, mais pas une... vraie... Arabe...

C’est ça le Québec. Parler, ça va. Mais joindre l’acte au symbole...

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