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LA FEMME FRANÇAISE ET LES ÉTOILES - Sensuelle et audacieuse
© Photo LE JOURNAL — PIERRE-PAUL POULIN
La Femme française et les Étoiles met en vedette Louise Marleau et Pau Bachero.

LA FEMME FRANÇAISE ET LES ÉTOILES

Sensuelle et audacieuse

Claudia Larochelle
11-01-2009 | 14h00

Louise Marleau est libre. Libre de revendiquer la volupté pure. Elle le fait dans un univers entre mime et parole en devenant La Femme française de Louis Aragon qui hurle à tue-tête des désirs qui ne décoiffent pas l’héroïne.

Aragon n’a que 25 ans quand il écrit La Femme française, publiée pour la première fois en 1932 dans Le Libertinage qui clôt le corpus des oeuvres de jeunesse de l’auteur. En prenant la plume pour rédiger cette nouvelle qui a fait jaser, il a su impressionner, révélant une maturité par la compréhension qu’il avait de cette femme dont il a tracé le portrait, sans censure, faisant fi des conventions, emporté par l’amoralité qui savait si bien l’exciter devant les pages qu’il noircissait.

Il donne donc la parole à cette femme française, version surréaliste de la marquise de Merteuil des Liaisons dangereuses, et lui fait écrire des lettres à son jeune amant. Elle les relit à voix haute. L’amant est mort. Il s’est suicidé. Elle l’a fait souffrir. Elle se le rappelle par ses lectures. Louise Marleau campe ce rôle troublant dans son mélange de froideur et de tannanterie, avec l’air victorien qu’on lui connaît. À cheval entre l’insoutenable et l’acceptable. Toujours sur le bord de déraper, de transgresser les conventions.

DU SURRÉALISME

L’adaptation de Jean Asselin, père de la compagnie Omnibus, suit ce courant pervers exacerbé par le surréalisme d’Aragon, ne l’a pas distillé dans l’eau bénite des bien-pensants. Bien sûr, beaucoup aimeront la nature des lettres, le ton, la voix de Louise Marleau, ses yeux gourmands. Une pincée de gens pourraient être secoués Ils iront se confesser…

Dans cette oeuvre qu’Asselin a intitulée La Femme française et les Étoiles, il y a aussi l’amant, le mime catalan Pau Bachero, une étoile de la scène barcelonaise découverte par Omnibus lors d’un passage de Bachero en sol québécois. Entre elle et lui, la chimie opère, ne fait pas regretter à l’actrice d’avoir finalement accepté la proposition d’Asselin il y a deux ans. «Je n’arrivais pas à me décider, je voyais ça comme un gros morceau, quelque chose de périlleux, de très audacieux pour moi.»

Au fil des répétitions, tout s’éclaire. Le jeu très physique dans lequel elle côtoie l’art du mime comme jamais auparavant la rassure sur sa décision qui comporte tout de même sa part de risque. «J’ai toujours aimé être sur la corde raide et me mettre en danger. On peut repousser toutes les limites, comme actrice, je ne serai jamais allée aussi loin», exprime l’actrice, qui n’a pas exploré les performances physiques sur scène depuis fort longtemps.

Quant au texte d’Aragon, il surprend. «C’est du domaine de la poésie et les mots ne sont pas là où on les attend.»

PUDEUR À VENDRE

Pervers, ignobles, osés, déjantés, les propos et réflexions du texte ne manquent pas de la faire sortir de sa zone de confort eux non plus. Venant du personnage, une femme forte, belle et intelligente… Et v’lan dans les dents ! Succulent. « J’ai une pudeur avec laquelle j’essaie de rompre, il y a des choses làdedans qui ne sont pas dans mes cordes, je me sens nue. En même temps, c’est élégant, l’instant d’après, c’est fou. Il faut s’ajuster. »

Sans sa participation, Asselin ne se serait pas lancé dans ce projet d’envergure. Un battement de cils, un soupir d’apparence anodine, un mot soufflé avec préciosité… En femme française, Louise Marleau est une funambule qui laisse toujours planer que ce sera serein ou trash. Pas de milieu ou de banalité.

  • La Femme française et les Étoiles, d’après une nouvelle de Louis Aragon, mise en scène par Jean Asselin, avec Louise Marleau et Pau Bachero. À Espace Libre du 13 janvier au 7 février.
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