IN-IUne Juliette Binoche fonceuse, fluide et sensuelle Claude Giguère Le Journal de Montréal 07-01-2009 | 09h59
Juliette Binoche a offert une performance audacieuse hier en compagnie d'Akram Khan dans le cadre d'un spectacle de danse théâtrale dont le rythme était parfois brisé par le dialogue des danseurs. C'est une Juliette Binoche audacieuse et intense qui s'est élancée hier soir sur la scène du Centre Pierre-Péladeau pour présenter, avec le danseur et chorégraphe Akram Khan, un spectacle de danse contemporaine à saveur théâtrale qui a ravi une foule curieuse venue voir comment la comédienne se défendrait sur les planches. Côté danse, rien à redire sur la performance de Binoche et Khan, qui sont simplement sublimes et envoûtants. Mais il n'y a pas que de la danse dans In-I, il y a aussi cette portion théâtrale qui représente un gros tiers de la pièce. L'histoire d'In-I s'articule autour du concept suivant: entre deux êtres, il en existe toujours un troisième, l'espace qui les sépare. Les tableaux de la chorégraphie font également référence au fait que les Grecs avaient 14 mots pour décrire différentes façons d'aimer. Plus simplement, on peut dire que c'est l'histoire d'une femme qui tombe amoureuse d'un inconnu au cinéma pour finalement vivre avec lui et affronter les réalités, parfois désagréables et même violentes, de l'amour. Facile de voir lequel de ces amours anime Binoche et Khan quand ils dansent. Dépendante, en manque, cherchant l'attention de l'être aimé, Binoche s'accroche, poursuit, harcèle Khan qui la repousse comme il le fera presque tout au long de la soirée. Sensuels, ils fusionnent, se touchent, s'embrassent. Maniaques, ils s'entre-déchirent et s'affrontent de nouveau. Sur scène, Binoche est fonceuse, fluide et sensuelle. En Europe, certains bien-pensants se sont empressés de remarquer le décalage entre ses capacités et celles de Khan, qui a brûlé bien des planches avant In-I, mais il faut dire que le grand public n'y voit que du feu et est conquis par la performance de l'actrice devenue danseuse. L'ovation debout, en fin de spectacle hier, en témoigne. Un tiers de tropMais tout n'est pas parfait dans In-I. Les dialogues entre les danseurs, en anglais, viennent briser le rythme. Dans certains tableaux, et ça arrive assez vite, la danse prend le bord au profit de petites scènes de théâtre au cours desquelles on croit bon de nous expliquer ce qui se passe, même si on avait très bien compris. Ça arrive quand Sarah, le personnage joué par Binoche, affronte la réalité de la vie à deux: le couvercle de la toilette laissé ouvert, la fumée de cigarette, le gars qui prend toute la place dans le lit. Tout de même, ça rigole dans la salle. Puis, une autre brisure du rythme avec cette longue narration de Khan, pris entre son amour et les préceptes de sa religion. Enfin, une dernière quand Binoche se fait accrocher au mur, grâce à un ingénieux système d'aimants dissimulés dans ses vêtements. La narration est traduite grâce à un texte qui est projeté et qui défile à une dizaine de mètres au-dessus de la scène. Les malheureux qui ne sont pas bilingues sont sans doute sortis du Centre Pierre-Péladeau avec un torticolis! On pourrait facilement retrancher du spectacle ces trois tableaux parlés, et on se retrouverait avec une chorégraphie de danse sublime. Cependant, ces passages où la danse est justement maîtresse des planches sont tellement intenses et magiques qu'à eux seuls, ils valent le déplacement. |