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© Le Journal de Montréal - Jean-Claude Tremblay |
Pour Daniel Gélinas, l’aventure du 400e représente rien de moins que «le défi d’une vie». |
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DANIEL GÉLINAS
Le traitement-choc du 400e
Pierre O. Nadeau
Le Journal de Québec
13-12-2008 | 04h00
Pour Daniel Gélinas, l’aventure du
400e représente rien de moins que «le défi
d’une vie», qu’il a accepté de relever après
plusieurs nuits d’hésitation et d’insomnie!
«Le maire Labeaume m’avait
téléphoné à quelques reprises
pour me demander mon avis sur
différentes choses en rapport
avec le 400e. Puis, il m’a téléphoné
de nouveau, cette fois pour me
proposer de prendre la direction
générale. Je lui ai dit que j’allais
y penser. Je voyais une grosse
montagne de problèmes à surmonter
à une époque où la presse
prédisait un flop…
«Quelques jours plus tard, soit
le 27 décembre, alors que je dévalais
une pente de ski, Régis
Labeaume m’a rappelé en me
donnant rendez-vous chez lui
l’après-midi même. Je m’y suis
donc présenté; il y avait la
ministre Josée Verner et Jean
Leclerc (président de la Société
du 400e). Tout le monde a échangé
des idées, et je me suis retrouvé
bien malgré moi à accepter le
poste. M. Labeaume ne m’a
même pas laissé le choix de refuser…»
«Il faut dire que j’arrivais avec
une certaine préparation mentale,
parce que les mois précédents,
je réfléchissais sur ce qui allait
marcher, et sur ce qui ne marcherait
pas, comme l’Opéra urbain,
auquel je ne croyais pas compte
tenu de l’important investissement
que ça réclamait. Et puis, je
pensais à ma gang de l’autre
bord (celle du Festival d’été), que
je devrais quitter pour un an.»
CARTE BLANCHE
«J’ai finalement accepté en
imposant une condition très
stricte aux trois paliers de gouvernement:
vous me faites
confiance à 100% et vous me suivez.
Je n’ai pas de temps à
perdre; il faut agir vite.»
Il obtint carte blanche. Ensuite,
il lui fallut rapidement bâtir une
équipe, «ce qui peut prendre des
années pour des événements de
cette envergure; nous, fallait tout
faire, vite et bien».
Curriculum
vitae
- Nom: Daniel Gélinas
- Lieu de naissance: Sorel, mais a grandi à
Montréal, et en Algérie, pendant trois ans alors
que son père enseignait pour l’Agence canadienne
de développement international (ACDI).
- Âge: 49 ans
- Sa famille: sa mère était infirmière, et il a une
soeur, Marie-Claude.
- État civil: conjoint de fait de Line Dupuis,
adjointe administrative à l’Université Laval
- Lieu de résidence: Cap-Rouge
- Son premier boulot: livreur d’épicerie, garçon
de ferme «spécialiste du ramassage de foin»,
puis installateur de systèmes d’arrosage.
- Ses forces à l’école: «Aucune. J’étais un
mésadapté du système scolaire. J’avais du
talent, mais j’arrivais pas à le canaliser. J’ai
détesté l’école jusqu’au cégep. En revanche,
j’étais pas mal en éducation physique. J’ai quand
même décroché un bac, puis une maîtrise.»
- Des enfants? Oui, deux: Marc-Antoine, 13
ans, et Fannie, 17 ans.
- Trip de jeunesse:
«Je suis parti un an en Afrique avec un chum,
sac au dos, pas d’argent en poche, et sans aucun
plan d’avenir.»
- Formation académique:
- Maîtrise en science du loisir (option gestion)
Université du Québec à Trois-Rivières
- Baccalauréat en sociologie
Université de Montréal
- Expériences professionnelles:
- Société du 400e de Québec depuis janvier
2008
- Fonction:
- Directeur général
Festival d’été international de Québec et
Inter-Nation-Art
Depuis janvier 2002
Directeur général
- Festival de cinéma des 3 Amériques
Depuis 2001
Producteur délégué
- International de l’art vocal de Trois-
Rivières
1997-2001
Directeur général
- Les Productions Daniel Gélinas inc.
1999-2001
Président-directeur général
Comme producteur privé, il montait des
shows notamment pour le… Festival d’été,
comme le spectacle de Claude Léveillée avec
le petit orchestre symphonique et l’événement
Brel symphonique. «J’ai fermé ma
compagnie pour assumer la direction du
Festival d’été.»
- Orchestre symphonique de Trois-Rivières
1989-1998
Directeur général
- Tecnocomn Consultants inc.
1986-1990
Administrateur
- Corporation de développement socio-économique
de la zone Maskinongé inc.
1984-1989
Directeur général
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«Dès mon arrivée, j’ai imposé
un traitement-choc», ajoute
Daniel Gélinas dans un long tête-à-
tête, cette semaine, dans son
bureau de la Grande-Allée. Il
était trop tard pour modifier le
spectacle d’ouverture du
31 décembre, «qui allait à l’encontre
d’une gestion équilibrée
d’un événement. Pour réussir un
événement de cette envergure, il
ne faut pas penser tout faire soi-même.
Ça prend un bon C.A., avec
une vision, capable d’accorder
des mandats à des gens expérimentés», nous dit le d-g, qui tient
le Cirque du Soleil comme modèle
de saine gestion de la
créativité.
REDONNER CONFIANCE
«Ma première tâche a été de
redonner confiance à nos partenaires
et commanditaires, et de
rebâtir notre image face au
public.»
On connaît la suite: Daniel Gélinas
a fait des fêtes du 400e un succès
à portée internationale en
mettant notamment à profit ses
qualités de gestionnaire du Festival
d’été, dont le budget sous son
règne, depuis 2002, a grimpé de
6,5 M$ à 14 M$. Durant cette
période, les recettes provenant
de la vente du laissez-passer ont
grimpé de 750000 $ à 4,5 M$. En
dépit de cette croissance, le
financement public s’est maintenu
et a même connu une baisse,
souligne avec fierté son directeur
général, qui reprendra son poste
en janvier.
McCartney, ça remplace
«la reine et le pape»
En tête à tête,
Daniel Gélinas se dit
dépassé par l’ampleur du
succès du 400e, retrace les
bons coups et les erreurs,
explique la recette de son
succès et se considère trop
«homme d’action» pour
faire le saut en politique.
Surpris du succès du 400e?
Assurément. Ça me dépasse.
Je m’attendais à un succès,
mais pas de cette envergure.
En quelques mots, le succès
du 400e tient à…
La volonté des intervenants de
Québec pour que ça marche.
C’est ça qui a fait toute la différence.
Votre meilleur coup?
Je dirais que c’est l’ensemble
de l’oeuvre. C’est l’équilibre
qu’on a su amener à tous les
aspects de la programmation.
Une erreur de parcours…
Aucune majeure, sauf la distribution
des billets du show de
Céline. Il y avait des ententes
préalables avec des commanditaires,
qu’il fallait respecter.
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La plus belle surprise…
Le spectacle Paris-Québec.
Comme il suivait de peu celui
de Céline, on craignait qu’il ne
se retrouve à l’ombre, mais ce
ne fut pas le cas. Ce fut une belle
surprise pour tout le monde.
Pour la diffusion en France, on
avait prévu deux millions de
téléspectateurs, et il y en a eu
plus de trois millions.
Un gros nom que vous
auriez bien aimé présenter?
On a échappé Coldplay, et c’est
dommage. Mais on a eu
McCartney. Je ne crois pas
qu’on aurait pu avoir quelqu’un
de plus important sur le plan
symbolique pour célébrer le
400e. Ça remplaçait la reine et
le pape, qu’on n’a pu avoir
(rires).
Que pensez-vous des gros
noms comme U2, qui avaient
été lancés au début?
C’était de l’air. Moi, je ne travaille
pas avec de l’air. À partir
du moment où tu contactes un
agent d’artistes et celui où il se
retrouve sur ta scène, il y a tout
un monde de négociations à
finaliser, une série d’étapes à
régler. Tout peut casser à la
dernière minute. Le plus bel
exemple, c’est Coldplay. C’était
fait, mais à la dernière minute
ça a floppé.
Une folie que vous n’avez
pas pu réaliser?
Le funambule qui aurait dû
relier le Château Frontenac et
l’édifice Price, deux symboles
majeurs de Québec. Mais on
compte bien se reprendre un
jour…
Une indiscrétion au sujet
de Paul McCartney?
Il avait réclamé des roses
blanches dans sa loge. Que des
blanches! De plus, aucune
viande ne devait être servie ni
à lui ni à son équipe. Il ne voulait
même pas de fauteuils de
cuir dans sa loge ou tout autre
meuble ou accessoire faits à
partir d’animaux. On m’a dit
qu’il ne porte même pas de souliers
en cuir…
Une indiscrétion au sujet
de Céline?
Il fallait prévoir une loge pour
René-Charles, avec une panoplie de jeux vidéo pour l’occuper
durant la soirée.
Un show de rêve que
vous auriez aimé
présenter?
Bien sûr, il y a Led Zeppelin,
mais ce n’était pas possible,
ou encore le spectacle du
groupe The Who que j’ai vu
l’an dernier à Paris. Quel
show! Je suis déçu que ça
n’ait pas marché avec Yes en
raison du problème de santé
de Jon Anderson.
Un saut en politique?
Non. Je suis trop un gars
d’action, et en politique tu
peux pas bouger vite… à
moins que tu sois chef
(rires).
Vous paraissez toujours
détendu; comment combattez-
vous le stress?
D’abord, oui, je suis stressé;
mais ça ne paraît pas. Je le
combats par ma course à
pied que je pratique depuis
30 ans. Lorsque je suis
assailli par une montagne de
problèmes, l’exercice physique
me permet de revoir
les mêmes problèmes à leur
juste proportion. Je cours
trois ou quatre fois par
semaine, et cela améliore
grandement ma qualité de
vie.
Vous considérez-vous
comme un workhoolic?
Non. Je suis même un peu
paresseux…
Une ville, autre que Québec,
où vous aimeriez
vivre?
Peut-être Banff, une ville
avec des montagnes, parce
que je suis un maniaque de
ski.
Ce qui peut vous mettre
hors de vous…
La déresponsabilisation, les
gens qui mettent la faute sur
le dos des autres plutôt que
de s’assumer.
Vos «spots» préférés à
Québec?
Le mont Sainte-Anne, le bassin
Louise, qui a été une
révélation pour moi cette
année, et le Café du monde.
Un spectacle de rêve que
vous avez manqué?
La dernière tournée de
Genesis avec Peter Gabriel
au Forum de Montréal.
J’avais 14-15 ans, et pas d’argent…
L’artiste qui vous a le
plus impressionné?
Peter Gabriel, David Bowie,
deux artistes très complets…
Le spectacle qui vous a le
plus impressionné?
Il y en a plusieurs, mais je
dirais le spectacle d’Emerson,
Lake & Palmer, il y a
longtemps, dans l’intimité de
la salle Albert-Rousseau. Les
cheveux me sont dressés sur
la tête quand le rideau s’est
affaissé au sol avec comme
pièce d’ouverture Tarkus.
Votre musique préférée?
J’adore le rock progressif et
la musique classique.
Votre dernière folie…
Je n’en fais pas assez (rires).
Le 400e ne m’en a pas donné
l‘occasion; il y avait tant à
faire.
Votre prochaine folie?
Un beau gros voyage de ski
en hélicoptère, peut-être
dans les Rocheuses. C’est
sûr que je vais me l’offrir.
Un conseil à un artiste
qui rêve de faire les plaines
d’Abraham?
Rester soi-même sans se
laisser influencer par les
encadrements dictés par la
radio, comme l’ont réussi
Pascale Picard, Pierre
Lapointe et d’autres. Sortez
du moule, inventez un nouveau
son. Il ne faut pas que la
démarche d’un artiste soit
influencée par des tendances
radiophoniques. Osez faire
le contraire, à la façon des
groupes progressifs des
années 1970, qui osaient
nager à contre-courant.
Pour vous, le luxe, c’est…
Une journée de tranquillité
dans le bois. Je préfère la
nature aux gros hôtels. Je ne
suis pas du type mondain.
Dans le fond, moi, je suis un
trippeux…