LES CONTES URBAINSCes petites histoiresClaudia Larochelle Le Journal de Montréal 05-12-2008 | 10h30
Parce que c'est le silence le plus total, qu'il fait plutôt noir, un peu froid aussi, qu'il y a une intimité typique au théâtre La Licorne, que les interprètes nous chuchotent presque leurs mots à l'oreille, il ne manquerait effectivement plus que quelques couvertures de laine et des coussins pour nous faire revivre l'ambiance feutrée des soirs où nos parents nous racontaient des histoires. Pas des histoires prises dans les livres de Walt Disney, mais plutôt celles qui sortaient tout droit de leur imagination, les meilleures... Déposés sur le coeurLes auteurs des Contes urbains sont allés jusqu'à très loin dans les repères secrets de leur imaginaire pour créer ces petites histoires dont la langue se prête à l'oralité; des drôles, des surprenantes, des trashs, des culpabilisantes, des douces... Bien qu'inégaux, ces contes interprétés par les acteurs qui montent seuls sur scène avec une chaise pour unique élément de décor savent tous se déposer sur notre coeur, tirer sur les bonnes ficelles avec des sujets peu banals. Chacun aura sa petite préférence, craquera pour un texte ou une interprétation, peut-être aussi pour les deux en même temps. La Soirée de la dinde, écrite et interprétée par Marie-Ève Perron, a suscité l'hilarité générale. Sa savoureuse histoire nous transporte dans l'univers d'une girl next door à qui on a organisé une surprise dont elle ne se remettra pas et qui pourrait bien transformer en catastrophe le souper des fêtes concocté pour sa famille. Quand la dinde n'est pas toujours celle qu'on pense, le repas se digère très mal. Et le public en rira un bon coup. Autre moment fort: l'interprétation féroce de David Boutin, véritable bête de scène, dans Le Coeur tordu d'la fille. Un texte réussi fait de plusieurs couches superposées, tout en subtilité, écrit par la journaliste et auteure Josée Bilodeau. Didier Lucien comme une ceriseEmmanuel Schwartz a quant à lui traduit une nouvelle de Greg MacArthur. Avec Queue de raconte-art, il entre dans une frénésie contagieuse, rend ce texte avec aplomb, le même que Didier Lucien qui nous attend avec une petite surprise, comme une cerise sur le sundae avant la tombée du rideau qui arrive un peu tard après sept contes qui auraient pu être abrégés de quelques bonnes minutes chacun. Ouf. Les transitions musicales d'Éric Asswad restent sobres et brillantes, comme le reste, justes et appliquées, en retrait comme il faut pour que la lumière éclaire les interprètes et les mots qu'ils se sont mis en bouche, ramenant à l'essentiel l'expression de la pratique théâtrale. On est loin des récits du terroir ou d'une quelconque saveur folklorique. Ces histoires auraient pu se passer dans votre cour, tout près.
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