JULIETTE BINOCHELa danse corps et âmeClaudia Larochelle 07-12-2008 | 12h00
L’amour. On sait peut-être le faire…, mais comment se danse-t-il? Le public montréalais s’apprête à l’apprendre grâce aux mouvements de l’actrice Juliette Binoche et du chorégraphe et danseur Akram Khan qui présentent chez nous en grande première nordaméricaine In-I, un show en passe d’être un des plus in de la nouvelle année. Juliette Binoche et Akram Khan ont été présentés l’un à l’autre après une représentation du show de danse Zero degrees à Londres, en mars 2006. L’actrice tournait au même moment Breaking and Entering. Sa massothérapeute pour la durée du tournage était la femme du producteur d’In- I, Farooq Chaudhry. Elle avait constaté le corps athlétique de Binoche, ces muscles et cette aura qui parlaient si bien d’amour à l’écran comme dans la vie réelle. Le lien entre Binoche et le chorégraphe, qui a commencé sa carrière à 14 ans dans le légendaire Mahabharata, de Peter Brook, a commencé à se tisser ainsi, puis après, lors de leur rencontre dans un studio pour improviser. Il régnait là une espèce de tension bizarre entre eux, quelque chose de difficile à vivre, de parfois magique. Cette énergie peu banale les a poussés à travailler ensemble, chacun s’inspirant de la discipline de l’autre, chacune puisant dans l’énergie vitale et le vécu de l’autre. Encore là, rien de banal. COUP DE FOUDRE«J’étais prête, même si j’aurais eu plus l’âge de me retirer dans mes quartiers… C’était l’occasion à prendre, peut-être la seule. Et puis on était attirés l’un par l’autre dans nos différentes formes artistiques. On a gagné en apprenant à se connaître, à se confronter, à se pardonner aussi», confie l’interprète jointe à Paris. Son ton manque d’enthousiasme, la dame semble fatiguée, les entrevues s’enchaînent… La passion qu’elle éprouve envers cet art apprivoisé tardivement semble tout de même tangible. Même si on l’avait déjà vue danser sur une musique de Philippe Katerine dans L’Heure d’été, le dernier film d’Olivier Assayas où elle faisait ses premiers pas de danse, jamais ça n’avait été aussi intense que dans In-I, dans lequel elle s’est plongée corps et âme avec pour seuls bagages son âme, sa fougue, son vécu d’amoureuse et sa maturité aussi… «Vous savez quoi? Je n’ai plus peur du ridicule. Ça permet tellement plus de liberté. À 20 ans, il y avait plus cette envie de plaire absolument…» COMMENT TOMBERN’empêche que l’actrice, disciplinée de nature, a dû s’entraîner assidûment, transporter son corps vers des avenues inconnues, entrer dans une autre forme d’art qui n’est pas à des kilomètres du jeu dramatique certes, mais qui demande un autre engagement, à donner une seconde voix à sa corporalité. Dans ce duo de danse-théâtre présenté chez nous par la compagnie Danse Danse, les interprètes se demandent ce qu’est l’amour, si nous osons aimer, comment on tombe… Créé à Londres en septembre dernier pour prendre ensuite l’affiche au Teatro Olympico à Rome, à La Monnaie Bruxelles et au Théâtre de la Ville à Paris, In-I s’installe à Montréal en même temps que la nouvelle année. La Cinémathèque québécoise profite de l’occasion pour présenter In- Eyes. Du 7 au 22 janvier, neuf longs métrages dans lesquels l’actrice s’est illustrée seront projetés. Du 9 janvier au 1er février, on exposera 68 de ses encres sur papier, associées à 34 de ses poèmes calligraphiés. L’artiste touche à tout. Elle aimerait aussi réaliser des films. D’abord, il y a l’amour à exprimer sur les planches et des centaines de coeurs battants qui n’attendront qu’eux deux.
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