JOËL POMMERATJuste des mèresClaudia Larochelle Le Journal de Montréal 26-11-2008 | 04h00
Lors de son accouchement, une femme fait tout pour retenir son enfant. Ces histoires font partie de celles dont s’est inspiré le créateur Joël Pommerat pour mettre au monde la pièce Cet enfant, présentée pour quatre soirs seulement à l’Espace GO. Il y a aussi cette jeune femme persuadée que l’enfant qu’elle mettra au monde fera enfin d’elle une meilleure personne; cette mère qui aimerait voir sa fille plus lumineuse et qui l’accable de sous-entendus assassins; cette autre inquiète que son bébé ne reçoive pas assez d’amour et qui offre de le donner à son voisin de palier; ou encore cette dame appelée à la morgue pour identifier un corps qui pourrait être celui de son fils et qui est gagnée par un immense fou rire… Tout pour piquer la curiosité, mettre mal à l’aise, tourmenter ou se remettre en question.
EN DEUX ÉTAPESC’est en réponse à un organisme social français venant en aide aux familles dans le besoin que Joël Pommerat a écrit il y a cinq ans cette pièce, inspiré par les témoignages d’une dizaine de femmes issues de milieux modestes, vivant toutes dans une cité en Normandie. Cet enfant a d’abord été présentée dans les HLM où logent ces femmes. Après quelques remaniements, elle a ensuite été présentée au Théâtre Paris-Villette en 2006, puis reprise l’année suivante au Théâtre des Bouffes du Nord. Chaque fois, c’était un délire empreint de toutes sortes d’émotions. «Bien sûr que cette histoire, divisée en chapitres, échappe aux clichés sur la famille, dépasse les idées toutes faites, c’était d’ailleurs l’objectif», souligne l’auteur, qui signe aussi la mise en scène de sa pièce, présentée à Moscou l’automne dernier. Il est allé y jeter un coup d’oeil et a constaté que peu importe l’endroit du monde où son histoire est portée sur sècne, chaque fois, les réactions sont les mêmes, comme si les rapports aux enfants et à la famille ne variaient pas.
UNE AFFAIRE DE MECS ET DE NANASSeule constance: ce ne sont que des femmes qui ont manifesté l’intérêt de témoigner durant l’élaboration de son projet. Que des femmes. Pas riches, pas célèbres, pas belles, pas moches, pas plus ou moins brillantes que d’autres. Juste des mères qui se remettent en question, qui doutent et qui souhaitent obtenir quelques réponses, guérir de petites ou de grandes névroses. Et pourquoi pas par le biais d’une création théâtrale? Quant aux hommes, ils se sont tus. Lui-même père de deux filles, Joël Pommerat n’a pas spécialement cherché à savoir pourquoi les hommes n’ont pas témoigné. Lors des représentations, ils sont tout de même là. Les yeux écarquillés, à l’affût. Même si certaines choses qui sont dites peuvent sembler intenables. «Ils n’en sortent pas dans le même état qu’ils y sont entrés. Les femmes non plus, mais venant des hommes, il y a quelque chose de significatif dans une époque où leur rôle n’est plus motivé par les mêmes enjeux.»
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