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Le bruit et la fureur - Dans la brousse faulknienne
© Le Journal de Montréal
Une famille à deux pas du néant éclate en émotions et en tergiversations perverses dans ce drame de Faulkner mis en scène pour la première fois en français.

LE BRUIT ET LA FUREUR

Dans la brousse faulknienne

Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
03-11-2008 | 12h01
Dans un désordre pourtant bien organisé, c'est avec Le Bruit et la Fureur, de William Faulkner, rien de moins, que le Théâtre de l'Opsis amorce l'an III de son cycle états-unien à l'Espace GO.

Publié en 1929, ce roman, un classique de la littérature américaine que beaucoup qualifient de chef-d'oeuvre, arrivait à point dans une société déstabilisée par le krach boursier. Sans repère, de plus en plus émotif et en crise identitaire, ce coin du monde a donc accueilli l'oeuvre de Faulkner comme s'il s'agissait d'un miroir dans lequel les Américains pouvaient voir dépérir leurs propres constructions mentales, idéologiques et matérielles.

Avant que Luce Pelletier la mette en scène et que Pierre-Yves Lemieux en fasse l'adaptation, cette histoire n'avait jamais été portée au théâtre en français. Ce ne fut cer tes pas une mince affaire, l'histoire est sombre, chargée de menus détails d'interprétation, tapissée d'une curieuse teinte où humanité et animalité se côtoient fastidieusement et composée d'une chronologie éclatée faite d'anale pses étranges qui exigent une extrême rigueur d'adaptation en la sortant du contexte littéraire.

Histoire sur 30 ans

Tout au long des trente années que relate l'oeuvre, on découvre le monde torturé d'une mère névrosée (Han Masson) et de ses quatre enf ants dont les dialogues voyagent dans le temps. Il y a Benjy (Patrick Hivon), le fils déficient intellectuel, Quentin (Francis Duchar me), le brillant aux idées noires, Jason (Pierre-François Legendre), le vilain frustré, puis Caddy (Émilie Bibeau), la seule fille, objet d'affection extrême et de haine selon les membres de la famille Compson.

Comme dans le roman, les segments restent narrés par les différents personnages, les quatre enfants, qui, à tour de rôle, expriment leur quête respective, les enjeux du monde cruel qui façonne leur vie ainsi que leurs rapports aux autres membres de la famille, aussi déséquilibrés qu'ils puissent tous être. Soulignons l'inter prétation juste et poignante de Pierre-François Le gendre, troublant de méchanceté et d'amertume.

Tous tentent de trouver leur chemin dans la brousse faulknienne, une brousse parfois un peu trop statique qui manque de rythme dans la succession des segments, mais qui affiche un portrait franc et inquiétant de cette période de l'histoire américaine.

  • Le Bruit et la Fureur, de William Faulkner, adaptation de Pierre-Yves Lemieux, mise en scène de Luce Pelletier. Avec Émilie Bibeau, Francis Ducharme, Jean-François Harrisson, Patrick Hivon, Pierre-François Le gendre, Han Masson, Mireille Métellus et Émilie Saint-Germain. À l'Espace GO jusqu'au 22 novembre.
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