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Plateforme - Autour du principe de l'inertie
© Photo Le Journal/Donald Courchesne

PLATEFORME

Autour du principe de l'inertie

Claudia Larochelle
17-10-2008 | 04h00

Marc Marans s’est payé un trip de gars quand il a écrit Plateforme.

D’abord parce qu’il a pris la plume, inspiré par deux potes à lui, puis parce qu’il s’agit d’une affaire d’hommes, qui titille aussi la pensée féminine. Bien sûr.

Les acteurs Vincent Leclerc et Stéphane Franche se sont peut-être étouffés avec leur gorgée de bière quand leur chum Marans leur est arrivé avec 70 pages de texte… qu’ils auraient à se mettre en bouche!

Ça faisait un moment que l’auteur, qui est aussi metteur en scène et acteur, caressait le désir de travailler avec ses deux complices. Il en avait été question ici et là au cours de soupers bien arrosés ou de discussions à travers lesquelles on décide soudain de refaire le monde.

Puis, le créateur originaire du nord de l’Ontario est reparti de son côté avec la ferme intention de donner vie à cette idée tenace: forger une histoire autour du principe de l’inertie, première loi du mouvement de Newton qui stipule que «tout corps persévère dans l’état de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite dans lequel il se trouve, à moins que quelque force n’agisse sur lui, et ne le contraigne à changer d’état.»

RENCONTRE DU 3e TYPE

«Ça m’a fait penser à cette peur du changement qui empêche certaines personnes d’avancer, d’aller juste un peu plus loin, de prendre le risque de peut-être…», observe l’auteur, qui s’est foutu de sa propre inertie au profit de la création dans laquelle il s’est plongé corps et âme pendant de longs mois et à l’issue desquels est née la curieuse rencontre entre un comptable qui veut mettre fin à ses jours et un laveur de vitres.

Sur une plate-forme symbolisant le temps suspendu où rien ne se produit… tout se produira justement alors qu’accrochés à un édifice, à plusieurs dizaines de mètres du sol, les deux travailleurs interprétés par Vincent Leclerc et Stéphane Franche entreprennent des dialogues probables ou non autour de la peur, de l’inertie, de la liberté, de la masturbation, des fourmis ou encore de l’art de laver des vitres.

Tout ça dans une candeur à la fois drôle et cruelle qui fait osciller le spectateur entre différentes émotions, jamais stable en observant cette plate-forme créée par Julie Deslauriers, mieux connue comme comédienne que comme scénographe. Son regard féminin contribue par ailleurs à nuancer les propos, à les rendre plus universels que masculins…

«Je suis fasciné par le fragile équilibre psychologique humain, son équilibre physique aussi. Ça semble parfois si difficile de le maintenir», exprime Marans, ajoutant qu’on a souvent l’instinct de faire des choses, que le côté rationnel surgit, faisant obstacle à la pulsion.

VAINCRE L’INERTIE

Chose certaine, les deux «boys» en suspension sur la plate-forme de l’édifice habitent une création signée Octo Productions, une compagnie de théâtre dont les membres associés depuis 2005, issus de différentes écoles, de diverses disciplines, contribuent à créer un équilibre bénéfique au sein de la troupe. Ce qui ne nuira certainement pas à l’avenir de Plate-forme, dont une traduction italienne a été mise en lecture à Rome en mai 2007.

Marans, que le public pourra voir dans le téléfilm Reverse angle, a quitté les platesformes depuis un bon moment déjà. Finito les suspensions, encore plus l’inertie. Il est ailleurs, plus affirmé que jamais.

  • Plate-forme, texte et mise en scène de Marc Marans. Avec Stéphane Franche et Vincent Leclerc dans une scénographie de Julie Deslauriers.

    À la salle Calixa-Lavallée du parc LaFontaine, jusqu'au 8 novembre.

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