SNACK-BAR CHEZ BENHumour mordant et réflexion profondeClaudia Larochelle Le Journal de Montréal 01-08-2008 | 11h46
C'est le destin d'un trio, les souvenirs d'une époque où tout était beau... en apparence, et une réflexion sur la course au bonheur qui attendent les clients du Snack-bar Chez Ben. Quant aux blagues de cette comédie, elles volent plus haut que bien d'autres qui nous font dresser les poils des bras, l'été. À quoi peuvent rêver trois êtres humains désireux de trouver leur place dans une société en pleine mouvance et porteuse d'espoir? En 1967, c'était l'année de l'Expo à Montréal, l'année des découvertes, de l'ouverture sur le monde et des grands idéaux. Si Benoît (Michel Laperrière) aspire à la prospérité et à l'indépendance en ouvrant son resto de campagne en bordure de la future autoroute 30, sa femme Mado (Pierrette Robitaille), elle, cherche la tranquillité avec son homme et s'ennuie paradoxalement de la frénésie urbaine. Puis, il y a Shirley (Tammy Verge), une femme flamboyante qui veut tirer un trait sur son passé, sûre de trouver la célébrité en se pointant dans la grande ville. Son arrivée inopinée dans le snack-bar du couple ouvrira en quelque sorte une boîte de Pandore et permettra à tous d'exprimer leur véritable nature au prix de quelques confrontations idéologiques. Les strates de l'humour Les questions «existentielles» que soulève cette comédie de Sam Bobrick et Ron Clark pouvaient difficilement donner un show léger dans sa totalité. Si l'humour mordant et rarement idiot occupe une place importante, la sensibilité des personnages et leur vulnérabilité apportent une certaine profondeur à cette histoire d'une grande lucidité adaptée par une Chantal Lamarre qui conjugue les différentes dimensions de l'humour. La mise en scène de Richard Fréchette dans une scénographie brillante de Serge Thibodeau opère efficacement, s'adaptant aux années que traversent sur scène les personnages qui vieillissent sous nos yeux, crédibles la plupart du temps, remplis de finesse dans le geste et dans le regard. Grâce à un jeu nuancé, les acteurs livrent une performance qui va droit au coeur des spectateurs sensibles, comme ce babyboomer assis à côté de sa douce que j'ai surpris en train d'essuyer une larme lors d'un passage bouleversant, alors que Benoît et Mado se réconcilient après la tempête, une parmi tant d'autres. |