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Le paradis à la fin de vos jours - Les Belles-Soeurs n'ont pas dit leur dernier mot
© Photo Le Journal - Benoît Pelosse

LE PARADIS À LA FIN DE VOS JOURS

Les Belles-Soeurs n'ont pas dit leur dernier mot

Claudia Larochelle
Journal de Montréal
27-07-2008 | 04h00
Il y a 40 ans, Germaine Lauzon gagnait un million de timbres et des livrets pour les y coller. Les Belles-Soeurs de Michel Tremblay arrivaient comme un grand cri libérateur pour les femmes de cette époque, pour le théâtre et pour le Québec aussi. Afin de souligner cet anniversaire, l’auteur présente Le Paradis à la fin de vos jours, un hommage à sa mère et une nouvelle création comme un cadeau pour remercier ses fans.

Quand il a pris la route pour Key West en novembre dernier, Michel Tremblay ne saisissait pas pourquoi personne n’avait l’intention de monter ses Belles-Soeurs. Elles allaient souffler leurs 40 bougies et n’avaient pas dit leur dernier mot. Après tout, l’écrivain français Jean-Claude Andro avait peut-être raison en écrivant que la quarantaine est un âge pour se raconter sans trop de mensonges. «Avant on enjolive, après on radote», proclamait-il.

NANA L’ÉTERNELLE

Les Linda Lauzon, Marie-Ange Brouillette, Rose Ouimet, Des-Neiges Verrette, Yvette Longpré et compagnie en avaient encore lourd sur le coeur. Pour elles et leurs spectateurs, Tremblay a eu envie de donner la parole à une de ses femmes, la plus importante: Nana, l’héroïne qui lui a été inspirée par sa mère.

«Je regardais la télé et il y a quelque chose qui m’a fait penser au ciel et à toutes les naïvetés qu’on nous a fait croire quand on était enfant. J’ai trouvé que c’était une bonne idée de la retrouver au paradis 45 ans plus tard», explique le fils de Rhéauna Tremblay, dite aussi Nana, une femme impulsive et énergique.

De l’au-delà, elle donne ses impressions sur ce qui s’y passe, interprétées par une Rita Lafontaine qui connaît le répertoire de Tremblay mieux que n’importe quelle autre actrice.

UNIVERS MYTHIQUE

Si Rita Lafontaine était émue de recevoir ce texte écrit pour elle, muse incontestée de Tremblay, le metteur en scène Frédéric Blanchette voyait le défi aussi gros que le cumulus sur lequel la Nana est juchée…

Quand Les Belles-Soeurs ont été créées, il n’était pas né. Avec son humilité naturelle, son ouverture et sa facilité à comprendre les méandres de l’âme humaine, personne n’a douté un seul instant de sa capacité à entrer dans cet univers mythique. Depuis, comme Nana, il tripe sur son nuage.

Surtout qu’il n’est que le troisième, après André Brassard et René Richard Cyr, à monter une création du plus international de nos dramaturges. Et c’est au Rideau Vert, où naissaient Les Belles-Soeurs il y a quarante ans, qu’il montera au ciel.

© Photo Le Journal - Rogerio Barbosa et d'archives

L'amour du monde de Tremblay

Rita Lafontaine dit qu’il est formidable. André Brassard n’a que des éloges à faire sur sa précision et sa sensibilité.

Quant à Michel Tremblay, il sait qu’avec lui, sa création est en bonnes mains. Frédéric Blanchette peut respirer, goûter déjà un peu de son paradis.

Dès le début des répétitions avec Frédéric Blanchette, Rita Lafontaine a senti qu’elle pouvait se laisser aller à lui confier ses croyances sur la vie après la mort.

«J’aime bien croire que les morts veillent sur nous. Mais Nana au paradis ne voit pas ce qui se passe en bas. C’était comme un mur. Je suis très peureuse du silence, de ne pas avoir de nouvelles des gens que j’aime. Il a fallu que mentalement, je travaille sur ça pour intégrer le personnage», déclare-t-elle.

Autant dire que leur premier contact n’a pas été superficiel… Avec la douceur de son regard et son ouverture d’esprit, il a su comprendre l’actrice, l’accompagner dans sa quête de vérité, l’aider à éclore. «Je ne referai pas le monde de Tremblay et ce n’est pas moi qui vais montrer à Rita Lafontaine comment jouer du Tremblay, c’est très clair. De toute façon, dans un spectacle solo comme celui-là, il faut que ça vienne de l’interprète, tu ne peux pas arriver avec tes gros sabots», précise Frédéric Blanchette.

DES PÈRES SPIRITUELS

C’est avec des pièces de Tremblay que, vers l’âge de 17 ans, il s’est initié au théâtre. Il aimait l’émotion de l’auteur et la franchise de Brassard à la mise en scène. C’est là qu’il a commencé à rêver à sa profession future, ce sont eux qui lui ont transmis leur passion du théâtre.

«J’essaie de me dire que je ne chausse les souliers de personne, parce que je n’ai pas le background pour ça. Je n’ai pas vécu ce qu’ils ont vécu, je suis là pour écouter, accompagner avec l’amour que j’ai pour le monde de Tremblay.»

À travers une vingtaine de mises en scène remarquées comme Cheech, Appelez-moi Stéphane, L’Envie, Les Grandes Occasions ou encore Le Périmètre, dont il est aussi l’auteur et pour laquelle il a remporté le Masque du meilleur texte original en 2007, Frédéric Blanchette s’intéresse à l’univers de l’identité et surtout du couple. C’est d’ailleurs le cas dans Pour faire une histoire courte…, présentée tout l’été au Théâtre des Grands Chênes, à Kingsey Falls.

À sa sortie du Conservatoire d’art dramatique de Montréal il y a dix ans, il s’est forgé une voix bien à lui avec des thèmes qui ont peu à voir avec ceux de l’auteur du Paradis à la fin de vos jours.

QUESTION DE FÉMINITÉ

Qu’à cela ne tienne, dans ce dernier-né de Tremblay, il a incontestablement craqué pour Nana. «Ces femmes-là me touchent énormément. Elles ont passé leur vie à s’occuper des autres, ont eu du mal à exister juste pour elles-mêmes. Ça me fascine tellement.»

Au ciel, Nana se remémore les événements qui l’ont marquée, elle compare le «vrai» paradis avec la vision qu’elle s’en était fait sur Terre. Avec ce qu’on lui en avait dit aussi.

«Elle a eu le temps de penser avant de venir ici nous en parler. Il y a des choses drôles et touchantes comme dans tout ce que je fais, commente Tremblay. Cette femme-là, pendant toute sa vie on l’a empêchée de réfléchir sur ces sujets. Là, on profite du fait qu’elle n’est plus avec les vivants pour dire ce qu’elle pense.» Le metteur en scène savoure les réflexions de Nana sur ce que les vivants ne voient pas encore. Elle révèle quelques secrets, des idées empreintes de spiritualité. Blanchette a d’ailleurs l’âge du Christ, et il est fin prêt à s’élever.

Le silence, la fidélité et la mort

«J’ai pleuré quand j’ai tenu ce texte entre mes mains. Avant même de le lire. C’était un cadeau magnifique que je n’attendais pas. Il [Michel Tremblay] l’a écrit dans le silence, sans en parler à personne.» — Rita Lafontaine, après avoir reçu la pièce en janvier dernier.

«On ne s’attendait jamais à rien l’un de l’autre. C’était une des caractéristiques de notre relation. Je n’ai jamais rien demandé à Michel. C’est étonnant quand même, ces 40 ans de fidélité mutuelle. Je suis fidèle de nature ; quand j’aime, j’aime pour toujours.» — Rita Lafontaine, au sujet de sa relation avec Michel Tremblay.

«On m’avait dit qu’au ciel, on serait à la droite de Dieu ; je me suis dit que s’il y a cinq milliards de gens qui sont morts depuis les débuts de l’humanité, ce serait difficile d’être à sa droite. C’est quoi, la place qu’on a, alors ? Nana, avec le caractère qu’on lui connaît, en voyant la vérité, elle réagit d’avoir cru à tout ce qu’on lui a dit de faux sur le ciel.» — Michel Tremblay explique ce qui lui a inspiré ce texte.

«Je ne crois pas qu’on meurt et qu’il n’y a plus rien, mais je ne crois pas non plus qu’on est au ciel et qu’on boit des piñas coladas avec Elvis Presley.» — Frédéric Blanchette, au sujet de sa conception de la mort.

  • Le Paradis à la fin de vos jours, de Michel Tremblay, mise en scène de Frédéric Blanchette, avec Rita Lafontaine.
    Au Théâtre du Rideau Vert, du 12 août au 6 septembre.
  • Pour faire une histoire courte…, une comédie écrite et une mise en scène par Frédéric Blanchette, avec Catherine Allard, Guillaume Champoux, Éveline Gélinas, Steve Laplante et Sébastien Rajotte.
    Au Théâtre des Grands Chênes, à Kingsey Falls, jusqu’au 30 août.
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