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L'INTRUS

Charmante rencontre du troisième type

Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
27-06-2008 | 13h04
Comment présenter son nouveau chum à son père? Quand le soupirant a les cheveux verts et que le papa sent la bourgeoisie à plein nez, la distribution de L'Intrus montre que la partie est loin d'être gagnée... à Saint-Lambert!

Après Un avocat au dessert l'an dernier, le Théâtre des Hirondelles présente depuis quelques jours une histoire de rencontre du troisième type. Il s'appelle Charles, il est punk et il gagne sa vie en quêtant. Contre toute attente, ce garçon brille de lucidité et de sensibilité. Son amie Florence réussit à le convaincre de jouer dans l'excès son personnage de marginal afin de le présenter à son père qui lui sert de cobaye dans un travail de recherche scolaire en psychologie.

Pauline acclamée

Bien qu'ils aient dépassé depuis quelques années déjà l'âge de leur protagoniste respectif, Brigitte Lafleur et Michel Charette restent assez crédibles, drôles et complices à travers leurs manigances.

Celle que le public acclame, encore et toujours sous le charme, c'est immanquablement Pauline Martin dans le rôle de Juliette, la mère de Florence, une femme généreuse, mais dont les crises de nerfs se succèdent à vive allure, au grand dam de son mari, un professeur de littérature entêté et à cheval sur ses principes de bourgeois.

Le Réginald que propose Claude Laroche passe de la cute naïveté à la fermeture d'esprit, de l'idiotie à l'intelligence. Difficile de ne pas rire des prises de bec qui l'opposent à ce nouveau gendre déplacé et étrange.

Même si cette très simple histoire ne réinvente pas la roue, que ce genre de situation de rencontre entre père et gendre demeure un classique dans le burlesque, le public semble trouver les blagues efficaces. Les rires fusent, plusieurs spectateurs reconnaissent leurs travers...

Apparences trompeuses

C'est surtout dans la deuxième partie, lorsque le rythme s'accélère enfin, que L'Intrus marque des points, plus surprenant et vivifiant après une entrée en matière qui s'éternise en restant stagnante et sans saveur.

«Osé, rafraîchissant et terrifiant.

Jumelé à la problématique de l'intrusion de la marginalité au coeur d'une vie familiale sans histoire, brisant dans le détour une quotidienneté parfaite en apparence, figure aussi le thème de la remise en question d'un homme aux ornières jusque-là bien ajustées.

Son drame est bien moindre... Si on se prend d'affection pour cet intello bourgeois de Saint- Lambert, c'est plus parce que l'auteur souligne à grands traits les faiblesses qui l'humanisent.

La fougue de Stéphane Bellavance émane de cette mise en scène bien accordée aux situations loufoques, fidèles à la plus pure des traditions théâtrales estivales.

Il y est même allé de quelques petites subtilités entourant le rapport père-fille. On est loin des analyses freudiennes, mais c'est une bien

belle consolation pour ceux qui n'ont pas le rire facile.

  • L'Intrus, d'Yves Amyot, mise en scène de Stéphane Bellavance, avec Pauline Martin, Michel Charette, Brigitte Lafleur, Claude Laroche. Au Théâtre des Hirondelles de Saint-Mathieu-de-Beloeil jusqu'à la fin août.
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