SILENCE EN COULISSES!À donner des chaleursCLAUDIA LAROCHELLE Le Journal de Montréal 20-06-2008 | 12h34
Ouf. Après deux minutes à peine, le public est essoufflé. Imaginez les comédiens de cette pièce «sportive» estivale, dont la première à Londres en 1982 a remporté un immense succès, au point de convaincre Disney et Spielberg d'en acheter les droits. La traductrice Josée La Bossière avait donc une perle entre les mains avec cette comédie, un classique anglais de Michael Frayn, une pièce dans la pièce avec des comédiens qui jouent les comédiens d'une troupe médiocre qui répètent un mauvais vaudeville sous l'oeil d'un metteur en scène qui se prend pour Dieu. Festival de la gaffe Si les cafouillages, confusions et dérapages débutent le soir de la générale, ils prennent des proportions démesurées au deuxième acte, lorsqu'on retrouve les personnages en coulisses avec leurs états d'âme, leurs chicanes, leurs amourettes, leurs drames, leurs deuils et leur mélancolie... Au troisième acte, quand les spectateurs les retrouvent quelques semaines plus tard à Sudbury à la fin d'une tournée, c'est le comble. Tout culmine vers un échec fulgurant. Un peu trop, même... L'histoire piétine et les farces trop irréalistes tombent dans la surenchère. Les rires s'effritent dès lors. Un mal de coeur de sardines dont on s'est d'abord empiffré pourrait vous assaillir. À travers ce qui demeure un habile clin d'oeil au théâtre et à ses artisans, des êtres pas mal moins beiges que dans d'autres professions, on reconnaît la signature de Benoît Brière dans les moindres détails d'une mise en scène réglée au quart de tour et remplie de trouvailles dignes d'un imaginaire que rien n'arrête, surtout pas le désir de pousser les moteurs des acteurs. Efforts physiques Le personnage de Marie Turgeon qui monte et descend les escaliers au moins 150 fois en talons hauts et jupe cintrée, celui d'Henri Chassé qui escalade les fameuses marches les pieds liés par un pantalon baissé jusqu'aux chevilles, la cocotte interprétée par Catherine-Anne Toupin qui perd ses verres de contact et les cherche en cognant tout ce qui bouge, tout cela témoigne des efforts physiques déployés sur scène. La palme d'or revient incontestablement à Benoît McGinnis, l'étoile montante de notre théâtre, un p'tit vite qui frappe en plein dans le mille, parfait de la tête aux pieds, dans le ton, drôle, pince-sans-rire, vif, vif, vif. Délicieux. Les neuf acteurs de Silence en coulisses! sont d'ailleurs aux antipodes des indisciplinés qu'ils incarnent.
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