PAULINE MARTINRencontre du troisième typeClaudia Larochelle Journal de Montréal 14-06-2008 | 04h00
Cet intrus s’appelle Charles. Il est punk, il déstabilise et… malheureusement pour Juliette et Réginald, il tombe amoureux de leur fille Florence. L’apparition de ce garçon chez les parents bourgeois ne se fera pas sans heurts. Vous voyez le topo? C’est cette rencontre du troisième type qu’a imaginée Yves Amyot, comédien et auteur qui s’est surtout fait connaître dans la région de Québec et dont le texte L’Intrus a séduit Pauline Martin. «Le fait que ce soit un texte québécois a beaucoup compté dans ma décision de faire du théâtre d’été. En plus, c’est complètement fou et absurde, il y a une mécanique de comédie parfaite, sans que ce soit insignifiant», témoigne l’actrice. LA PROPOSITION Stéphane Bellavance, avec qui a elle avait joué dans Florence de Marcel Dubé et qui sera aussi de la distribution de La Casta Flore de Peter Quilter, a sans doute craqué pour la fougue, la vérité et l’intensité du jeu de dame Pauline. Il a rapidement proposé à cette dernière le rôle de Juliette dans L’Intrus, dont il a assuré la mise en scène. «J’ai pu constater à quel point ce metteur en scène est capable d’aller à l’essentiel, qu’il a beaucoup de délicatesse. En même temps, il sait exactement ce qu’il veut. J’adore cette génération de metteurs en scène. Ils ont beaucoup confiance en eux et ont une grande ouverture.» BIG BANG GÉNÉRATIONNEL Clairement, au théâtre, le choc des générations ne semble pas affecter Pauline Martin. Comédienne sans âge, ouverte et curieuse, elle avoue qu’avec ses enfants maintenant dans la vingtaine, le choc des générations a déjà pas mal ressemblé au big bang… «Les parents qui disent qu’ils n’ont jamais vécu ça, je ne les crois pas. C’est inévitable et c’est normal. Nous ne sommes pas des saints, il faut accepter des fois qu’il y a des distances qui se prennent entre les jeunes et nous, et ne pas s’en faire avec ça.»
Entre les plateaux et les planches
Ça fait déjà un moment que Pauline Martin a quitté les ondes radiophoniques pour revenir à la scène, son premier amour. Depuis, elle n’a pas de répit. Madame jubile et de beaux personnages prennent vie sous ses traits. Il est déjà loin, le temps où Pauline Martin se levait au beau milieu de la nuit pour se rendre en studio à Radio-Canada aux côtés de l’équipe de C’est bien meilleur le matin. Plus jamais elle ne verra les aurores de la même façon, plus jamais elle ne veut replonger dans ce mode de vie matinal au cube. Même si elle a aimé l’équipe, qu’elle a adoré raconter la pluie et le beau temps aux auditeurs, son premier métier lui manquait comme on s’ennuie d’un amant fougueux. «On m’avait un peu oubliée comme actrice, mais c’est normal, j’ai fait beaucoup de variétés, de comédies, et on ne m’offrait plus ce que j’avais envie de jouer. Le Négociateur m’a redonné la piqûre, ça y était.» NOUVEAU SOMMET Producteurs et réalisateurs ont redécouvert une comédienne que le public avait hâte de retrouver. Depuis, les rôles, au théâtre comme au petit écran, se succèdent. Ils lui plaisent, lui permettent de révéler le potentiel de son jeu. Elle aimerait d’ailleurs revenir au cinéma, qu’elle a trop longtemps laissé de côté, craignant de ne pas être dans le ton, de ne pas maîtriser l’interprétation au grand écran. «Je ne trouvais pas ça bon, ce que je faisais. J’ai d’abord été une actrice de théâtre et quand je regardais des films, je trouvais que les acteurs jouaient théâtre, ça m’énervait, je ne comprenais pas ce jeu. Denys Arcand est le premier qui m’a fait jouer dans Jésus de Montréal, mais encore là, c’était un rôle caricatural, je n’étais pas à l’aise.» C’est finalement son incursion dans les téléséries, format qui se rapproche du cinéma, qui l’a convaincue, lui prouvant qu’elle pouvait être à l’aise dans ce milieu. En reprenant, durant l’été, le personnage de Mme Théberge dans Les Hauts et les Bas de Sophie Paquin, elle partagera sa vie estivale entre les plateaux de tournage et les planches à Saint- Mathieu-de-Beloeil. Une belle occasion de jouer pour la première fois avec Claude Laroche, son mari dans L’Intrus, et d’apprécier un texte du répertoire québécois dont elle ne cesse de vanter les qualités. L’HABIT FAIT LE « BOURGE » Pauline Martin n’hésite pas à faire l’éloge de ses collègues. Elle insiste pour parler du travail de Jennifer Tremblay à la conception des costumes, qui parvient à donner un grand réalisme aux personnages. «Claude (Laroche) et moi sommes tellement crédibles en petit couple de bourgeois de Saint- Lambert. Pas seulement dans le jeu; de la tête aux pieds, nos habits sont criants de vérité», dit-elle. L’Intrus risque de faire sourire plusieurs spectateurs. La présence de Pauline Martin ne les laissera pas de glace. Elle a déjà hâte de donner un nouveau souffle à ce texte, de devenir Juliette Prégent l’espace d’un été.
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