PERSÉEDu théâtre pour hommesClaudia Larochelle Journal de Montréal 01-06-2008 | 11h30
Il n’y a pas que les poètes qui ont fait allusion au mythe de Persée. Les passages les plus célèbres de cette légende qui comprend Danaé et Zeus, la mort de Méduse, Pégase et Andromède ont frappé l’imaginaire des peintres et des sculpteurs qui les illustrent au travers d’oeuvres nombreuses et souvent majeures et titillé aussi les idées de Francis Monty, Olivier Ducas, Mathieu Gosselin et Marc Mauduit, de la compagnie de théâtre de la Pire Espèce.À part Mauduit, les trois autres curieuses espèces font partie du show. Il faut dire qu’avec leur savoureux Ubu sur table, adaptation du célèbre texte d’Alfred Jarry qui a eu un cycle de vie impressionnant, ils avaient le vent dans les voiles. Assez de vent pour que Persée revienne pour une troisième fois à Montréal, dans une version revampée et définitive cette fois. «Il y a eu un mariage à faire entre les personnes et les objets, c’est un peu audacieux, une méthode de travail peu orthodoxe qui n’a pas été évidente d’emblée.» UNE QUESTION D’EXISTENCE Dans la formule Pire Espèce, trois archéologues du début du siècle à Londres tentent de prouver l’existence de Persée en menant une enquête scientifique qui se transforme en quête existentielle à travers laquelle ils deviennent les protagonistes du mythe. Contestés par la communauté scientifique, ils poursuivent leurs fouilles, attirés par l’étrange magnétisme de ces objets. «Je crois que ça touche les gens comme c’est venu nous toucher parce qu’il est question de se réaliser, de devenir un homme, ce fameux passage…», exprime Mathieu Gosselin. Basé sur l’action de la décapitation, cette expérience théâtrale qui vise un rapport direct avec le public, au profit d’une plus grande complicité avec le spectateur, ce travail n’a rien de sensuel. Ça a tout l’air d’une affaire de gars, faite par des gars, jouée par des gars, qui s’adresse… à des gars??? Mathieu convaincra-t-il les femmes du contraire? LE MONDE EST MEC «C’est un univers masculin, il faut bien parler de ce qu’on connaît, mais le trip de départ n’était pas de faire un show sur la condition masculine. S’il y a des filles qui ont réagi en disant qu’elles ne se reconnaissaient pas, d’autres ont apprécié le fait d’avoir accès à une intimité qui n’est pas la leur», précise-t-il. Pendant que le trip Sex and the City bat son plein à Montréal, que la ville affiche son rose nanane, au théâtre, ces «vrais» gars jettent un regard sur de grands thèmes existentiels, des questions qui touchent les hommes, par ricochet les femmes, les enfants qui sommeillent en nous tous. Plus on y pense, plus le parallèle entre les quatre New-Yorkaises et Persée s’impose: s’affranchir, tuer les monstres qui nous empêchent d’avancer, devenir adultes, même si ça coûte quelques idéaux…
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