LES ÉTERNELS PIGISTESLe risque de l’amourClaudia Larochelle Le Journal de Montréal 03-05-2008 | 04h00
Comédie grave ou tragédie moderne, le quintette n’a pas l’habitude de donner des nananes roses à ses spectateurs. Suffit de penser à leur célèbre Rire de la mer, créée il y a sept ans. Pénélope, une sociologue dans la trentaine, comptait ses derniers jours avant de sombrer d’un cancer. Avant, elle livrait à son amoureux le récit de ses aventures excentriques. Avec humour, malgré la charge du sujet de la finitude, les créateurs invitaient le public à dérider la mort. Cette fois-ci encore, Bégin promet de ne pas tomber dans la fatalité, d’aborder la mort avec humour, même s’il se fait parfois grinçant, de traiter aussi au passage la peur de vieillir et le choix que l’on peut faire de vivre à fond ailleurs, d’avancer sur un autre chemin que celui qu’on nous croyait depuis toujours destiné. OPTION AILLEURS «Des fois, on scénarise notre vie et on voudrait que tout rentre dans le scénario qu’on s’est écrit. On s’emprisonne dans ce monde imaginé et on meurt là-dedans. Il faut prendre le risque d’aller dans des chemins parallèles ouvrir nos ornières.» Il ajoute que le plus grand risque que nous avons à courir dans cette vie-ci, c’est celui de l’amour. «Ça peut être souffrant, ça implique des renoncements et des deuils, d’accepter que la vie puisse jaillir ailleurs, nous surprendre, et ça fait de nous des êtres plus vivants, il me semble.» Les Éternels Pigistes sont aussi d’éternels amoureux, des passionnés. Ça crève les yeux. Ils ont vieilli un tantinet depuis leur formation. Cette pièce n’aurait pas pu voir le jour avant qu’ils aient atteint la «sage» et exaltante quarantaine. «Quand j’ai écrit Circus Minimus, il y a déjà quelques années, j’étais habité d’une grande colère. Ma colère n’est plus la même, elle s’est transformée en mouvement, en indignation ou colère plus active. En tout cas, je suis moins cynique qu’avant; le cynisme est passif.» BÉGUIN POUR LA PLUME L’écriture est devenue pour Bégin un plaisir plus ludique, nécessaire aussi. «Quand j’écris, c’est moins facile de me disperser, de me perdre, c’est comme quand je fais de la bouffe, ça permet d’arrêter le temps, de me fixer quelque part.» Celui qui animera pour la deuxième année Curieux Bégin à Télé-Québec demeure un épicurien assumé qui ose, aime, plonge et savoure. Tout. Il n’a peut-être jamais été déclaré mort pendant 17 minutes, mais ça ne l’empêche pas d’avoir trouvé un sens à son existence. «À partir du moment où on ne croit pas qu’il y a quelque chose après, ça nous rend responsable de cet unique tour de manège que nous avons là.» Pi est la seizième lettre de l’alphabet grec et un nombre (3,141592…) aux décimales interminables situé quelque part entre 3 et 4, symbole dans Pi…?! d’une zone entre le passé et le présent d’un amour, entre le vrai et le faux, entre la vie et la mort aussi.
Le parcours en bref des Éternels Pigistes…
Pi… ? !, une pièce de Christian Bégin, mise en scène de Marie Charlebois. Avec Patrice Coquereau, Pier Paquette, Isabelle Vincent, Christian Bégin et Marie Charlebois. À La Licorne du 13 mai au 21 juin.
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