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RÉMY GIRARD

Rêve et savoureux délire

Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
17-04-2008 | 08h48
Claude Gauvreau aurait été fier que Rémy Girard mette le cap sur son continent, qu'il le façonne et l'enchansonne, sans moustache, avec un soupçon de modernité. Sa performance d'hier a ramené la parole gauvresque à la mémoire du grand public dans un alliage d'audace et de sobriété.

Artiste plus grand que nature, Claude Gauvreau le poète, l'écrivain, le polémiste et le pamphlétaire a vécu avec la brillance et l'intensité d'une étoile filante. Il n'est pas étonnant que Rémy Girard ait eu envie d'interpréter Gauvreau, de s'associer à son musicien de frère, Jean Fernand Girard, pour réaliser un vieux rêve de gamin.

C'est aussi du rêve et un savoureux délire qu'ils donnent à voir et à entendre, ainsi que des parcelles de ce que Gauvreau a écrit durant sa trop courte vie, interrompue tragiquement à l'été 1971.

Sur des arrangements et compositions de Jean Fernand Girard, au piano et à la direction musicale, les deux frères ont su créer un parfait amalgame entre les mots, la poésie de Gauvreau et leur sonorité par le biais de structures musicales allant du rhythm and blues au jazz, en passant par le rock et la samba.

Hymne au grand Refus

Que ce soit avec Jamais le Dé Noro, Flortandre, Les Feuilles de magnolias, Sous nar, un extrait de La Jeune Fille et la Lune, ou encore Les Quêteux disloqués, cette manière toute personnelle à Rémy Girard de revisiter une partie de l'oeuvre de Gauvreau a au moins l'avantage de remettre ce géant de la poésie sous les feux de la rampe en ce 60e anniversaire de la publication du Refus global, manifeste des automatistes dont il était un des signataires.

Dans une sobriété qui laisse encore plus de place à la couleur des pensées et réflexions de Gauvreau, le comédien n'a pas besoin d'avoir la voix la plus exceptionnelle pour incarner les émotions, tantôt vivantes, tantôt ténébreuses, de l'auteur des Oranges sont vertes. Il ne lui aura fallu que sa passion, sa propre envergure.

Homme de paradoxes

La mise en scène complice et intime de Normand Chouinard, les projections vidéo de Christian Pomerleau sur un écran circulaire et faites en partie d'oeuvres automatistes rappellent sans détour les paradoxes de l'homme au regard illuminé qui scrutait l'âme humaine pour en faire surgir dans un flot ininterrompu des émotions brutales ou douces.

Entre ses interprétations, souvent en exploréen, langage inventé par Gauvreau, et la musicalité qui rythme les textes, leur donnant une deuxième vie, Rémy Girard remet à l'avant-plan les préoccupations de l'artiste en lisant certaines de ses correspondances. On ne peut que saluer la vitalité du projet, le respect que cette équipe a eu de l'auteur, de sa vision jamais dénaturée et retrouver des idéaux qui ne se sont pas totalement éteints en juillet 1971.

  • Rémy Girard enchansonne Claude Gauvreau, à l'Usine C jusqu'au 27 avril.
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