MIKE WARDRentable, le bilinguismeAgnès Gaudet Le Journal de Montréal 12-04-2008 | 04h00
Il y a à Québec quelques écoles primaires et secondaires anglophones. Mike Ward les a fréquentées, fils d’une mère francophone et d’un père canadien anglophone (d’origine irlandaise) qui ne voulait pas que son jeune Mike perde son Shakespeare. «C’est drôle, constate l’humoriste. Depuis que je vis à Montréal, je ne parle presque plus en anglais.» Ward a poursuivi ses études à l’université McGill, en commerce, «un plan B pour payer les comptes», admet-il. Il a commencé doucement sa carrière, en anglais, en 1993 aux soirées d’amateurs du Comedy Works de la rue Bishop, un défi promis aux copains de Québec. «Je me suis dit: je vais monter un soir pour leur faire fermer la gueule», raconte-t-il. L’humoriste a fait la même chose au Dagobert de Québec. Pour impressionner les chums, il s’était vanté de pouvoir faire les Lundis de Juste pour rire, sans même avoir approché l’organisation. Le soir venu, aucune place pour un p’tit nouveau comme lui sur scène, mais le hasard a voulu que Martin Petit, vedette de la soirée, ne puisse se rendre. Mike l’a remplacé à pied levé. «J’étais un peu chaud, ça aide, avoue-t-il. J’ai improvisé, traduit en français mes numéros au fur et à mesure sur scène. Ç’a été un des meilleurs shows de ma vie. Après, je suis retourné au Dagobert et je me suis planté!» DRÔLE DE MENTALITÉ Pour Mike, le vent a tourné en faveur du français. De toute façon, jouer en anglais, il n’aimait pas. «Faire de l’humour en anglais au Canada, c’est un hobby. Tu le fais en attendant d’être assez bon pour les États-Unis, ou en présentant le même p’tit show dans la même petite salle toute ta vie. Moi, je deviendrais fou. «Le show-business fait pitié au Canada anglais, poursuit-il. Les anglais ont une drôle de mentalité. Ils n’aiment pas les artistes locaux. Pour faire carrière en anglais, il faut que tu t’exportes, alors qu’en français au Québec, tu peux gagner ta vie.» Bien malgré lui, Mike revient toutefois aujourd’hui à l’anglais et sa carrière tend à se développer sur les deux marchés. L’été dernier au Festival Juste pour rire, il s’est mis à jaser avec l’humoriste américain Dom Irrera, «parce que personne ne lui parlait». Ce dernier a manifesté l’intérêt de le voir sur scène, en a avisé Bruce Hills, «le Gilbert Rozon des anglais», qui passait par là, et Mike n’a pu refuser. «J’ai toujours eu des passe-temps qui ne servent à rien et que j’abandonne rapidement. La seule affaire que j’aime, c’est l’humour. Alors je vais en faire en anglais comme passe-temps. Et puis le fait de travailler en anglais, je retrouve le fun d’écrire en français.»
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