Accueil Divertissement
 
JDM
Autobahn - La vie prise au piège de la route
© Le Journal - Alfred Lactôt
Rose-Maïté Erkoreka partage une histoire en duo avec Éric Paulhus.

AUTOBAHN

La vie prise au piège de la route

Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
08-04-2008 | 11h17
Les voitures sentent le danger, le voyeurisme, la vitesse, les discussions, l’orgueil, le plaisir aussi. Surtout sur leurs banquettes arrière qui ont inspiré la compagnie de théâtre du même nom qui porte sur les planches Autobahn, de l’inégalable Neil LaBute.

Le Théâtre de la Banquette arrière est né en même temps qu’une cohorte de nouveaux finissants du Conservatoire d’art dramatique. Il y a bientôt sept ans de cela et ses créateurs ont maintenant leur carrière bien en main – certains ne passent déjà plus inaperçus en sortant de chez eux – et au-delà de l’importance de se créer du travail, c’est d’abord pour la liberté de choisir leurs propres projets qu’ils se sont unis dans la création.

Autobahn, cette collection de courtes pièces où la tension entre deux individus devient rapidement malsaine, écrite par l’Américain Neil LaBute, a fait fureur au sein de leur clan. «LaBute fouille les profondeurs de l’être humain, il propose aussi en même temps une critique acerbe de l’Amérique», note Éric Paulhus, codirecteur artistique de la compagnie et comédien dans la pièce.

SANS LIMITES

Traduite en français par Fanny Britt, Autobahn – appellation des autoroutes allemandes sans limite de vitesse – présente sept histoires qui se déroulent dans des voitures. Chaque fois, deux compagnons de voyage échangent des propos anodins, parfois graves aussi. Qu’il soit question de couple en phase terminale, d’enlèvement inquiétant, de mission de reconnaissance impliquant la rescousse d’un Nintendo 64, de la sortie de désintoxication d’une jeune femme, les personnages qui prennent siège veulent quitter la voiture. Ne descend pas d’un véhicule en marche qui veut. Surtout pas sur un autobahn… Il faut donc résister coûte que coûte, vivre avec les silences pesants, les mots qui font mal et affronter les minutes.

«On capte des moments de vie vus par l’auteur qui dépeint des personnages légèrement névrosés, parfois enragés, très impuissants aussi. C’est ce qui fait qu’on peut les trouver si touchants», exprime Rose-Maïté Erkoreka, qui partage une histoire en duo avec Éric Paulhus.

VIVE ALLURE

Puisqu’il n’y a pas de déplacements, que l’action se déroule dans la même voiture, prétexte parfait aux rapprochements entre êtres humains, les mots prennent plus que jamais leur sens. «Notre rapport à la communication et au sens des paroles prend une importance plus forte. Il faut donner de la profondeur pour ne pas que ça ait l’air d’un sketch», poursuit-elle.

Autobahn devient la quatrième production de cette compagnie qui cumule les succès, avec ceux de Betty à la plage et de La Fête sauvage, des pures merveilles qui ont autant séduit la critique que le public. Plus sages, déjà un peu moins jeunots, c’est le pied bien enfoncé sur la pédale que les dix acteurs de la troupe avancent.

  • Autobahn, de Neil LaBute, mise en scène de Martin Faucher, avec Amélie Bonenfant, Mathieu Gosselin, Rose- Maïté Erkoreka, Anne-Élizabeth Bossé, Renaud Lacelle-Bourdon, Éric Paulhus, Anne-Marie Levasseur et Simon Rousseau.
  • À La Licorne, du 8 avril au 3 mai.
haut