CABARET INSUPPORTABLE IILa joie de taper sur les nerfsClaudia Larochelle Journal de Montréal 05-04-2008 | 04h00
Ajustez votre appareil en mode 2e et 3e degré… Le but du jeu des créateurs du Cabaret insupportable est de taper sur les nerfs de leurs spectateurs, comme des ongles qu’on ferait grincer sur un tableau longtemps, longtemps, longtemps. Parce que nous connaissons leur rengaine qui fait appel à notre intelligence, notre sens de l’humour et notre ouverture d’esprit, l’oeuvre animée par Stéphane Crête risque de fonctionner aussi fort que l’an dernier. «L’insupportable est inépuisable, il y aura toujours quelque chose de nouveau pour nous taper sur les nerfs», estime Brigitte Poupart. L’AMOUR DU MASOCHISME En 2007, près de 1460 personnes se sont fait écoeurer par un siffleux, un clown débile, des stars à l’ego démesuré, un animateur de foule insistant, etc. La vingtaine d’artistes sollicités par Poupart et Monty, de la compagnie Transthéâtre, pour préparer un numéro insupportable s’en étaient donné à coeur joie. Plusieurs d’entre eux reviennent avec à peu près la même scène, d’autres en présentent des inédites. Parmi ceux qui viendront jouer avec notre degré de tolérance, notons Christian Bégin, François Bernier, Betty Bonifassi, Patrice Coquereau, François Parenteau, Didier Lucien, Frédéric Pierre, etc. Même le chorégraphe Dave Saint-Pierre joint les rangs cette année de ce curieux trip de gang vécu comme une catharsis collective. «Le public se donne enfin le droit de dire qu’il trouve ça plate! L’an passé, le clown se faisait huer. Ça a fait du bien. Les gens se retiennent beaucoup ici, ce n’est pas comme en France», observe Michel Monty. LE QUÉBEC SYMPATHIQUE Comme les Québécois ont la réputation d’être particulièrement tolérants, ouverts et capables de supporter la tension sans rien dire, les membres du Cabaret insupportable s’en donnent à coeur joie en jouant dans nos bibites. L’an dernier, Poupart avait même déposé des cartons «Réservé» sur chacune des tables. «Les gens n’osaient pas s’asseoir, tout le monde restait débout. Toutes les tables étaient réservées, c’était ridicule et avouons que c’est insupportable.» Ce qui est «insupportable» aussi, c’est d’avoir un porte-parole beau et ténébreux comme Sébastien Huberdeau, «utilisé» pour séduire le «grand» public, surtout les petites filles et les matantes. «Ça attire aussi les médias…» réplique-t-il avec un sourire tannant, toujours sur son mode cynique. OK. Message reçu.
Sébastien Huberdeau: pétard de service
Sébastien Huberdeau peut être insupportable quand il n’a pas bu son café matinal, quand il n’a pas envie de donner une entrevue et qu’il fait le taciturne misanthrope. Au moins, il est plutôt mignon. C’est pour ça qu’on l’a embauché dans Cabaret insupportable, spectacle à ne pas prendre au premier degré. «J’adore le cynisme et l’ironie.» La proposition que lui ont faite les concepteurs Brigitte Poupart et Michel Monty, de Transthéâtre, lui a plu d’emblée. Il n’a pas encore foulé les planches que déjà il joue, laisse planer qu’il trouve insupportable les gens qui posent des questions… Ouch. Il a compris ce qu’on attend de lui. Il aime ce que soulèvent les créateurs du Cabaret, qui blaguent bien sûr en admettant qu’ils se prévalent de ses services comme beau gosse, sinon comme faire-valoir. «Sans lui, nous ne serions peut-être pas aussi visibles dans les médias», avance Michel Monty. Une façon de montrer que le star-system domine, même maintenant au théâtre, et que pour attirer l’attention médiatique sur une production, il faut des vedettes, des méchants pétards de surcroît. Une affaire insupportable pour des créateurs qui oeuvrent un peu plus dans l’ombre. «J’avais envie de faire une fausse distribution juste avec des gros noms connus. Si tu n’as pas ta photo dans un abribus, personne ne va aller voir ton show», affirme Brigitte Poupart. VOIR PLUS LOIN Pour faire un pied de nez à cette «norme», pour encourager les acteurs talentueux qui sont moins sous les feux de la rampe, ils ont agrémenté leur distribution d’une brochette de visages inconnus. Des artistes pourtant doués, qui valent le détour. Le thème de leurs soirées s’oriente autour des genres culturels comme la télé, la radio, le cinéma et les magazines, du vedettariat aussi qui en découle, du culte de la personnalité qui prévaut au détriment de l’oeuvre. «On aime mieux savoir c’est quoi la recette préférée d’une personne, comment elle tond son chien… En entrevue, on va lui parler cinq minutes de son spectacle parce que ce qui est plus important, c’est autre chose», poursuit-elle. L’IMPOSSIBLE SPAGHETTI En accord avec les propos de Monty et Poupart, celui qui vient de finir le tournage de Polytechnique, nouveau film de Denis Villeneuve, préfère généralement rester à l’écart de ce système de voyeurisme. «Je ne recevrai pas les caméras chez nous pour leur faire mon spaghetti. Comme individu, ça ne m’intéresse pas de ramener ça à moi.» Il modère toutefois ses propos en admettant qu’il accepte de se prêter au jeu médiatique selon la pertinence de la proposition qu’on lui fait. «Je ne suis quand même pas un radical, ça fait partie du travail d’être visible aussi. J’accepte de parler de ce pourquoi on m’engage. C’est tout.» Inutile d’essayer de lui faire parler de sa douce, voire de savoir s’il en a une, de connaître la marque de son parfum de prédilection, de ce qu’il mange au déjeuner… La gang de Transthéâtre a trouvé un porte-parole sage et loyal. Les fans n’auront qu’à faire la file au Lion d’Or.
L’insupportable de…
Brigitte Poupart:
Michel Monty:
Sébastien Huberdeau: |