LES DEUX DERNIERS MAURICE«À mi-chemin entre Tremblay et Sol et Gobelet»Marc-André Boivin 31-03-2008 | 19h05
Yves Trudel et Pierre Collin, ça vous dit quelque chose, mais vous n’arrivez pas à les replacer? Disons que le premier est le fidèle compagnon de Bob Gratton, Méo, alors que le second s’est fait connaître au théâtre, mais surtout grâce à son rôle dans un des plus grands succès québécois La grande séduction, rôle qui lui avait d’ailleurs valu le Jutra du meilleur acteur de soutien en 2004. Voilà qui peut aider à mettre des visages sur les noms. Si les deux hommes ne se connaissaient pas du tout quand M. Trudel a commencé à écrire les textes de cette pièce en collaboration avec Hugo Cialdella, force est de constater qu’ils se sont vite apprivoisés. Les comédiens étaient comme larrons en foire lorsque rencontrés par Canoë dans un resto de Québec. Deux Maurice et deux Pierrette Chaque semaine donc, nos deux Maurice, plombier et chauffeur d’autobus à la retraite, se questionnent, se lamentent et tentent de brasser le monde, au désespoir des deux épouses, toutes deux nommées Pierrette. « C’est extrêmement québécois comme pièce. Ça parle de la société québécoise et d’une génération qui est toujours là, même si plusieurs ne voudraient plus les voir. Reste que c’est tout de même tout un délire verbal », affirme Pierre Collin. « Sans être prétentieux, j’ajouterais que nous soulignons, dans cette pièce, la fin d’une époque vécue depuis la mort de Maurice Richard, la fin des baby-boomers. Ce sont des gens qui ont travaillé pendant 30 ou 35 ans et qui ont bâti un Québec qui est maintenant plus riche grâce à eux, ce que plusieurs oublient souvent », ajoute Yves Trudel qui affirme que cette génération de travailleurs est maintenant en supplémentaire et qu’au prochain but, tout sera terminé. Ce dernier souligne que la pièce se veut aussi un constat d’échec pour toute une génération, que ce soit au niveau politique et économique alors que de nombreuses industries ferment et que même le Parti québécois prend ses distances avec la souveraineté. « Pour être bien sombre, je dirais qu’avant de vivre la disparition du peuple québécois, il va y avoir la disparition des baby-boomers », confie M. Trudel. Les deux héros de cette œuvre devraient normalement nous donner des dialogues qu’on pourrait déjà qualifier de mémorables. « C’est une espèce de point de vue de ceux qui ont de l’expérience sur tous les sujets », explique M. Trudel. Hockey, sexe, politique, immigration et on en passe. Quand on dit tous les sujets… « Ce sont les seuls qui se permettent encore d’être homophobes ou racistes. Pas trop, mais un peu quand même. Le mot nègre par exemple, on ne dit plus ça », mentionne M. Trudel qui a peur que ses textes choquent les femmes. On a ainsi dû jouer de prudence et changer quelques répliques un peu trop salées. Les deux comédiens, qui investissent de leurs poches pour cette nouvelle production, qui, fait assez rare, sera jouée à Québec avant d’être présentée à Montréal, croient vraiment qu’ils tiennent quelque chose. Pierre Collin a d’ailleurs mis plusieurs projets de côté pour se consacrer pleinement à ses deux énergumènes. Les jeunes devraient, selon lui, trouver des ressemblances avec un oncle ou encore un grand-père dans les personnages. La pièce, qui, avouons-le, pourrait connaître une longue vie au théâtre, pourrait aussi fonctionner du côté du petit écran. Un projet télé avec nos deux Maurice sera effectivement proposé aux producteurs d’ici un mois. « Nous avions écrit un vingt minutes de textes pour tourner un pilote, mais c’était tellement rythmé et soutenu, parce que la pièce est un véritable feu roulant alors pour faire 13 épisodes, ça prend des années à bâtir », estime M. Collin.
|