LA PETITE PIÈCE EN HAUT DE L'ESCALIERUn texte puissant pour de brillants acteursBruno Lapointe Journal de Montréal 09-03-2008 | 13h24
Il y a belle lurette, le conte de Barbe-Bleue a terrorisé les enfants, puis leurs enfants et ainsi de suite durant de nombreuses générations. Sous la plume de Carole Fréchette, le mythe renaît au Théâtre du Nouveau Monde et fait frissonner de nouveau avec La Petite Pièce en haut de l'escalier, un suspense prenant, angoissant et diablement efficace. 28 pièces dans une maison. Pour certains, c'est assez. Pour plusieurs, c'est même trop. Mais pas pour Grace. Récemment mariée à un homme richissime qui lui offre tout ce qu'elle peut désirer, elle se rebute contre l'interdit. Tout ce qu'il lui demande, c'est de ne pas mettre les pieds dans cette fameuse petite pièce en haut de l'escalier. Bien entendu, Grace n'obéira pas... Voilà, de manière bien concise, l'intrigue qui donne naissance à cette pièce de théâtre signée Carole Fréchette. Bonheur de bungalow Mais il n'y a pas que Grace, son mari Henri et cette petite pièce bien mystérieuse. Il y a Jocelyne, la mère de Grace. Lassée de son "bonheur de bungalow" et de sa vie morne et routinière, elle vit par procuration à travers le conte de fées dans lequel sa fille cadette a atterri. Puis, il y a Anne, soeur aînée de Grace, aux deux pieds ancrés bien solidement dans la réalité. Elle tente désespérément d'injecter un peu de méfiance et de nuance dans cette bulle de bonheur si her métique dans lequel sa soeur s'est réfugiée. Finalement, il y a Jenny, la bonne. Toujours présente sans toutefois devenir encombrante, elle semble avoir des motifs bien plus poussés que de servir le couple formé de Grace et Henri. Tout au long de la soirée, c'est Isabelle Blais qui porte La Petite Pièce en haut de l'escalier sur ses épaules. Omniprésente, elle capte l'attention dès son entrée en scène, hypnotisant les spectateurs par son talent et sa grace. Elle laisse ses répliques déferler sur la salle conquise, s'avérant parfois tendre, parfois fougueuse, mais toujours juste et captivante. Distribution En fait, c'est la totalité de la distribution qui est irréprochable. Henri Chassé est aussi mystérieux qu'inquiétant, Julie Perreault, trop peu présente, se révèle tout de même aussi habile sur les planches qu'à l'écran. Louise Turcot incarne merveilleusement bien toute la tendresse maternelle et la jalousie malsaine et sournoise, tandis que Tania Kontoyanni offre une présence discrète, mais hautement symbolique. Évoluant dans un décor somptueux transmettant toute la démesure du domaine dans lequel ils vivent, ces personnages flottent sur un texte profond, mais puissant, carburant aux métaphores et à la symbolique intelligente. Chaque réplique semble avoir été longuement étudiée avant d'aboutir dans le script, chaque mot est porteur de sens. L'atmosphère angoissante, étouffante même, a tôt fait de s'installer et demeure solidement ancrée tout au long de La Petite Pièce en haut de l'escalier. Le spectateur se laisse happer par cette oeuvre puissante et n'en ressort que deux heures plus tard, estomaqué et même essoufflé.
La Petite Pièce en haut de l'escalier, texte de Carole Fréchette, mise en scène de Lorraine Pintal. Avec Isabelle Blais, Henri Chassé et Louise Turcot. Au TNM jusqu'au 29 mars. |