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Musée de la civilisation - Attention, vaudou?
© Canoë/Olivier Artis
Cérémonie vaudou

MUSÉE DE LA CIVILISATION

Attention, vaudou?

Olivier Artis
17-02-2008 | 10h17
«Dans l’imaginaire collectif, le vaudou est entouré de mystères, de craintes et de préjugés. Les poupées vaudou, lez zombis, les mauvais sorts y sont associés depuis longtemps. Mais qu’en est-il réellement?» Tel était l’objectif des deux associations haïtienne et antillaise qui avaient organisé la conférence sur ce sujet cité, samedi soir, au Musée de la civilisation. Cette démystification promise n’a pas totalement eu lieu, alors que l’orateur, André Gustave, s’enfermait dans son carcan. Heureusement, la représentation d’une cérémonie rituelle a ouvert quelques horizons.

Le vaudou, ou «culte des esprits» en langue fon, vient d’Afrique de l’Ouest. C’est à partir du 17e siècle qu’il s’est instauré, par le biais des esclaves, aux Antilles et en Amériques. Mystérieux et énigmatiques, pour beaucoup d’entre nous! Ça l’est fortement resté puisque le houngan, ou prêtre du vaudou, qui a pris la parole a uniquement prêché pour sa paroisse : la désacralisation du vaudou, pour ne pas dire restructuration de la religion. D’ailleurs, lui-même ne se dit plus prêtre, alors que les organisateurs l’ont présenté ainsi. Ce n’est pas très clair? C’est exactement le sentiment ressenti par l’assistance. Pour une initiation, c’est raté! Nous en avons davantage appris dans le public.

«Ce dont il parle, ce n’est pas fait! Il y a une lutte entre les vodouisants pratiquants actuels et ce que lui prône. Il n’y a pas d’église vaudou comme il prétend, il en aimerait une par contre. En fait, il veut enlever tous les termes que les vodouisants utilisent depuis 200 ans, après l’indépendance. Il veut épurer et rejeter tout ce que la religion catholique a apporté», explique Marie-Claire Léveillé, haïtienne d’origine qui vit au Québec depuis une trentaine d’années.

Vision et constitution

Les vodouisants ont, en effet, dû se plier à l’influence des colons, ainsi le catholicisme a en partie imposé sa vision aux Haïtiens. Depuis 1995, l’ancien président Aristide a admis la religion vodou. La Constitution offre depuis des droits à ses pratiquants, comme le baptême, le mariage et les funérailles. Auparavant, ils ne savaient pas lire, demeuraient en campagne et surtout cachaient leur appartenance religieuse. Cette réalité n’a pas complètement disparu, cependant ils ne se dissimulent plus.

«La bataille de ce prêtre va être difficile, car les gens ne sont pas d’accord avec lui. Il essaye, il pose des pierres, avec un petit groupe d’intellectuels! Il veut rejeter tous ce que les colonisateurs ont apporté. (…) Il n’est pas venu démystifier ce qu’était le vaudou. On s’attendait à ce qu’il nous en parle et non de la situation actuelle du vaudou! C’est quoi le vaudou? C’est l’essence même de l’être humain, la communion avec la nature. Ce n’est pas les zombis ou la magie noire, c’est autre chose», raconte-t-elle.

En somme, le vaudou est actuellement libéré en Haïti. Après avoir été longtemps dans la clandestinité, les vodouisants sont reconnus par l’État comme toutes les religions. Ils le pratiquent dehors, dans leur cour, à la belle étoile. Ils sont ainsi en communion avec la nature. Ils s’adonnent à des cérémonies de chants, tambours et danses, à l’image de la démonstration effectuée hier soir. En plus d’une religion, c’est un mode de vie. «Quant au mal qui y est associé, il n’est pas plus important que le bien, comme dans toute religion», a conclu Mme Léveillé.

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