À PRÉSENTEntre le cauchemar et la réalitéClaudia Larochelle 12-01-2008 | 16h11
Même après une longue discussion à l’heure du thé avec les interprètes de François et Alice, Éric Bernier et Catherine- Anne Toupin, qui signe le texte de la pièce, l’histoire demeure floue. Intemporelle, l’action qui dépasse la réalité et la psychologie compréhensible moderne représente l’inconscient des gens, sort des sentiers battus avec vigueur et audace. Dans ce texte qui allie étrangeté, suspense et humour grinçant, une deuxième création de l’auteure, une rencontre entre des gens et la part de folie qu’ils portent en eux vient bouleverser l’univers de chacun. Entre le cauchemar et la réalité, la ligne est bien mince, comme ce fil sur lequel avancent périlleusement Alice et Benoît, un jeune couple dépassé par sa rencontre avec les Gauche, famille composée du couple Gilles et Juliette, ainsi que de François, leur fils de 35 ans. En apparence anodine, leur découverte mutuelle les mènera loin à l’intérieur d’eux-mêmes, dans un pays où la morale, les bonnes manières, les fantasmes refoulés se mêlent et s’entrechoquent, formant un grand malaise vicieux et grandissant. «C’est construit comme un suspense,mais pas comme un épisode de CSI. C’est un thriller psychologique qui laisse plus de questions qu’il ne donne de réponses», explique Toupin.
DE JUGE À COMPLICE En lisant À présent en tant que juge dans le cadre de la Semaine de la dramaturgie du CEAD, le comédien a eu un véritable coup de coeur pour ces mots d’une auteure restée anonyme pour l’événement… La rencontre entre les deux s’est faite plus tard, autour de ces mots et images pour lesquels il était tombé sous le charme, un peu ébranlé tout de même. «Après ma première lecture, le coeur me débattait, je riais nerveusement, j’ai failli faire des back flips tellement j’aimais ça. Ça me fait penser à du [Roman] Polanski. Il a une façon de révéler au public les parties intimes qu’on n’ose pas montrer, ça a beaucoup à voir avec les pulsions noires, les désirs refoulés», note Bernier.
ENTRE PULSIONS ET SENSATIONS «Ça me fait penser à ces rencontres de famille quand il y a plein de secrets et qu’à table, le mot qui ne devait pas sortir sort… Imaginez les malaises, les petits rires nerveux. Le public les ressent », expose Bernier. «C’est pervers et on prend un malin plaisir à s’envoyer des lignes horribles, c’est sensoriel»,poursuit Toupin, franchement satisfaite du travail accompli jusqu’à maintenant, curieuse de l’effet que son univers aura sur les spectateurs. «On est dans des zones où on n’est pas vraiment allés encore, et pas dans un théâtre ancré dans le contemporain, on décolle de notre réalité. Le public de son côté projette ce qu’il veut à travers ce à quoi il assiste, selon son inconscient, ses propres pulsions.» Reste à voir à quel voyage au fond de soi-même nous serons chacun conviés? À présent, de Catherine-Anne Toupin, mise en scène de Frédéric Blanchette, avec Éric Bernier, Monique Miller, David Savard, François Tassé et Catherine- Anne Toupin. |