LE PLAN AMÉRICAINRegard ingénieux sur la bêtise humaineClaudia Larochelle Le Journal de Montréal 11-01-2008 | 12h17
On dirait une pub de détersif de marque populaire. Un homme et une femme qui s'aiment et leurs enfants, un gars et une fille, se chamaillent douillettement dans un grand lit. Tout est parfait. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil... Puis, derrière le rideau diaphane de cette perfection de bonne famille bourgeoise cultivée, le mal de vivre s'est taillé une place, preuve que les bibittes de l'humanité n'ont épargné personne. Surtout pas eux qui tentent de légitimer leur présence sur terre. Quelques caricatures en crescendo Le «hop la vie» rempli de candeur fait soudainement place à un existentialisme pernicieux, à une quête de sens qui se transforme en recherche de sensations, d'exaltation et d'images fortes dans un crescendo d'émotions, de couleurs, de voix et de paniques intenses. Savoureux. Surtout quand les acteurs entrent avec justesse dans le propos, calibrant bien l'effet caricatural désiré, mettant juste assez d'accent sur le ton satirique, juste assez pour que le spectateur ne décroche pas. Il est photographe de guerre, elle dirige une revue d'art contemporain. Normand D'Amour et Anne-Marie Cadieux jouent respectivement ce couple dont les enfants, joués par le couple Brière-de la Chenelière, sont des préadultes gâtés en révolte contre l'humanisme de leurs parents artistes, et qui poursuivent leur quête d'idéal à travers un militantisme tape-à-l'oeil qui séduit les médias. Même Christiane Charette et France Beaudoin donneront du temps d'antenne aux hurluberlus dont on peut questionner les réelles motivations sociales... Ils peuvent aussi faire penser aux jeunes de Zone, de Marcel Dubé, avec leur aspiration à un monde meilleur et cette façon de rester en marge des autres. Leur famille a aussi ces mêmes accents que décrivait Réjean Ducharme lorsqu'il construisait l'édifice de ces oeuvres où un enfant grandit et se corrompt au même rythme que l'humanité ou le pays qui l'a vu naître. Les influences sont nobles. Au-delà du propos critique, l'esthétisme dynamique, dans lequel l'utilisation du blue screen est pertinente et jamais trop appuyé, traduit ce rapport ambigu que les quatre entretiennent avec l'image, pose un regard comme un miroir grossissant sur les clichés qui déforment notre présente société. Très ingénieux, et Dieu qu'on est bêtes! Le Plan américain, une conception, une mise en scène et un jeu d'Evelyne de la Chenelière et Daniel Brière, avec Anne-Marie Cadieux et Normand D'Amour. À Espace Libre jusqu'au 2 février. |