LA CULTURE EN 2008Sous le signe de la continuitéDavid Patry 06-01-2008 | 10h21
L'année 2007 a marqué l'arrivée de deux nouvelles ministres dans le domaine de la culture. Christine Saint-Pierre a remplacé Line Beauchamp à Québec, tandis que Josée Verner a pris la place de Bev Oda à Ottawa. Les gouvernements minoritaires tant au provincial qu'au fédéral ont réussi quelques bons coups cette année, sans toutefois se lancer dans de grands projets pour réinventer la culture. Voici donc un bilan culturel 2007, point de vue politique. L'année 2007 s'est faite sous le signe de la continuité à Québec. Héritant d'un ministère bien en santé des mains de Line Beauchamp, Christine Saint-Pierre a su se tirer d'affaire sans trop de problèmes. L'année a fort bien commencé pour les relations entre le milieu culturel et le gouvernement du Québec avec l'annonce du premier ministre Jean Charest et de l'ex-ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, de rendre récurrente l'aide de 10 M$ accordée au cinéma québécois. "Dans bien des domaines, je récolte les fleurs que Line Beauchamp a semées", affirme modestement Christine Saint- Pierre, qui a pris les commandes de la culture en avril, après l'élection d'un gouvernement libéral minoritaire. Sa tâche est facilitée par la présence de plusieurs personnes identifiées comme des amis de la culture dans le cabinet de Jean Charest, à commencer par le premier ministre lui-même, mais aussi par Line Beauchamp et Raymond Bachand. Mieux, la présidente du Conseil du trésor, celle qui tient les cordons de la bourse, est sensible à la cause. Ce qui fait dire à Christine Saint-Pierre qu'elle ne se trouve pas isolée dans le caucus: "Je me sens très appuyée dans mes fonctions", témoigne-t-elle. Leader En plus d'être des grandes annonces de l'année comme la réalisation du Quartier des spectacles, l'agrandissement des Musées des beaux-arts de Montréal et de Québec, le gouvernement provincial s'est démarqué comme leader lors du Rendezvous de novembre 2007, Montréal, métropole culturelle. "Québec a joué un rôle presque étonnant, affirme le président de Culture Montréal, Simon Brault. Le gouvernement a fait plus pour la reconnaissance concrète et symbolique de la culture que ce que les gens attendaient." Christine Saint-Pierre a notamment profité de l'occasion pour annoncer une augmentation de 6 M$ du budget du Conseil des arts et des lettres du Québec et renouveler l'Entente sur le développement culturel de la Ville de Montréal. Peu critiquée Christine Saint-Pierre n'a pas encore été mise à rude épreuve. L'opposition à l'Assemblée nationale s'est faite plutôt docile. L'Action démocratique a bien présenté un projet de loi sur le doublage des films, mais le gouvernement l'a rapidement rejeté sans soulever de grogne. En échange, le gouvernement a négocié une importante entente sur la francisation des jeux vidéo distribués au Québec. Un marché de 200 M$ par année. "C'est une entente historique, affirme Christine Saint-Pierre. On a réussi à faire comprendre aux géants des jeux vidéo que le français, c'est important pour le Québec." Et même si la langue de Molière en prend pour son rhume dans certains jeux, tel que le révélait il n'y a pas si longtemps Le Journal de Montréal, Christine Saint-Pierre ne s'en fait pas trop. "C'est perfectible, admet-elle. Il va falloir rester alertes sur la qualité du français qu'ils utilisent." Les 10 meilleurs coups de Québec en culture en 2007* * Selon la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Christine Saint-Pierre.
La perception ne suit pas les résultats
La perception du gouvernement conservateur du point de vue culturel a beau être négative pour beaucoup de personnes, reste que son bilan de l'année 2007 se révèle plutôt positif. Augmentation récurrente du budget du Conseil des arts du Canada (CAC), participation de 40 M$ pour la réalisation du Quartier des spectacles et nouveau programme de 30 M$ pour les festivals sont quelques-unes des annonces qui figurent au bilan culturel du gouvernement fédéral en 2007. "On a donné des signes très clairs, sans équivoque, qu'on est prêt à investir en culture", lance le ministre responsable de la région de Montréal, Michael Fortier, qui se fait le porte-parole de son gouvernement en la matière. De toutes ces annonces, celle de l'augmentation récurrente de 30 M$ au Conseil des arts est la plus marquante. "C'est certainement une des plus importantes augmentations de l'histoire du Conseil des arts du Canada", indique son viceprésident, Simon Brault, qui estime toutefois que l'augmentation ne répond pas à toutes les demandes du milieu culturel. Avant de céder le pouvoir, les libéraux avaient d'ailleurs promis de doubler le budget du CAC, ce qui aurait répondu aux demandes du milieu. Michael Fortier estime qu'un tiens vaut mieux que deux tu l'auras. "Les promesses que les libéraux ont faites mais qu'ils ont pas tenues sont légion. Les gens connaissent le film, et ils savent comment ça va finir: ça va finir par une déception", dit-il. L'ère Bev Oda Bref, le bilan conservateur se trouve bien loin de la sombre image qu'a laissée le passage de Bev Oda à la tête du ministère du Patrimoine. Un mandat ponctué d'une "crise" des festivals, d'une "crise" du Fonds canadien de la télévision, et de plusieurs difficultés de communication. La ministre du Patrimoine peinait à s'exprimer en français. La ministre de la Culture du Québec, Christine Saint-Pierre, résume le problème assez candidement: "Elle saisissait mal l'importance du Québec dans l'aspect patrimoine et culture dans le Canada", dit-elle. Josée Verner fait mieux En août, la nomination de Josée Verner lors du remaniement ministériel a fait souffler un vent d'espoir sur le milieu culturel. Se faisant plutôt discrète dans les premières semaines, la ministre a tout de même su gagner le respect de son homologue de Québec. "En quatre mois, elle a fait beaucoup plus que sa prédécesseure, affirme Christine Saint-Pierre. Elle comprend très bien les enjeux et l'importance de la culture au Québec. " Selon Michael Fortier, les conservateurs sont victimes de fausses impressions. Il espère que "plutôt que d'avoir peur d'avoir peur", les gens les jugeront sur leurs bons coups. Reste que les producteurs de cinéma attendent toujours une augmentation de leurs enveloppes et que les directeurs de musées n'ont pas encore leur politique nationale. "Je ne veux pas dire qu'on a été parfaits, mais en annonçant le Quartier des spectacles, l'agrandissement du Musée des beaux-arts et le déménagement du Planétarium, on a rencontré les trois priorités des trois paliers de gouvernement", estime Michael Fortier. Les 10 meilleurs coups d'Ottawa en culture en 2007* * Selon le ministre responsable de la Région de Montréal,Michael Fortier. |