Accueil Divertissement
 
JDM
Blanc - Zones d’ombre
© Le Journal de Montréal
Geneviève L. Blais

BLANC

Zones d’ombre

Claudia Larochelle
05-01-2008 | 04h00
En fondant le Théâtre À Corps Perdus, Geneviève L. Blais voulait aborder des sujets qui nous laissent sans voix. Avec Blanc, c’est la mort qui se déploie, celle de la mère, crue comme un vent de janvier.

Blanc possède une aura particulière. Son auteure, la Française Emmanuelle Marie, était en résidence d’écriture du Centre des auteurs dramatiques (CEAD) à Pierrefonds quand elle l’a créée, il y a presque quatre ans. La luminosité de nos hivers lui a inspiré le titre. Au moment de l’écriture, Emmanuelle ne savait pas qu’elle était malade, que la mort s’immisçait sournoisement en elle.

En mai dernier, la jeune quadragénaire est décédée des suites d’un cancer, laissant Blanc et plusieurs autres textes touchants derrière elle. Peu de temps avant, la pièce avait été jouée pour la première fois au Théâtre de la Madeleine à Paris.

Marie ne verra jamais la mise en scène de sa pièce sur laquelle Geneviève L. Blais bûchait. Elle était pourtant très excitée à l’idée qu’on la révèle aussi aux Québécois. Après tout, c’est chez nous qu’elle l’avait écrite, plus sensible encore qu’à l’habitude, plus sûre aussi qu’il fallait aborder le délicat sujet de la mort de la mère.

PAIX ET SOUFFRANCE
Dans Blanc, deux soeurs interprétées par Simone Chevalot et Isabelle Roy, un duo d’actrices capables d’aller loin dans l’intensité, se retrouvent alors que leur mère vit ses derniers instants dans la chambre d’à côté. Elles ne savent pas quoi dire, ni quoi faire. Le père tarde à venir et il est hors de question d’appeler un prêtre… Les minutes, les heures, les jours et les nuits se succèdent. Les soeurs tentent de passer le temps à travers des conversations et des gestes tantôt futiles, tantôt significatifs. Quand c’est la mère qui part, la douleur n’est pas la même. Après, rien ne sera plus pareil pour les soeurs, qui passent de la douceur paisible aux éclats de rire et à la souffrance profonde.

«Dès qu’on m’a présenté ce texte, j’ai su que je voulais en faire une mise en scène. Être devant la mort nous amène à nous poser beaucoup de questions», explique Blais qui s’intéresse aux sujets touchant les zones d’ombre de la réalité humaine contemporaine.

La metteure en scène, qui n’a pas 30 ans encore, a choisi d’intégrer à la création un choeur de douze femmes issues de tous les milieux qui ont en commun d’avoir un jour perdu leur mère. Sur scène, à différents moments de la pièce, elles partagent avec le public une partie de leur histoire.

Trouvées par le biais des petites annonces, ces femmes qui ne sont pas des actrices ont accepté de relever le défi proposé par Blais. «J’avais envie d’approfondir ma compréhension de ce qu’on vit quand notre mère est en train de mourir. Je n’ai pas vécu cette perte-là. Leurs témoignages comptaient beaucoup pour moi et je me suis dit qu’ils seraient aussi pertinents pour les spectateurs. »

UNE SENSATION D’ENVELOPPEMENT
Le désir de parler de la mort de leur propre mère était criant chez ces filles de tous âges qui ont chacune trouvé une façon de donner un sens à l’épreuve de la perte maternelle. «Je veux proposer un spectacle par lequel on aura une sensation d’intimité, d’enveloppement, et ces femmes y contribuent beaucoup.»

Certes, la Montréalaise ne peut pas nier que son propre questionnement face à la mort amotivé l’orientation qu’elle a donnée à Blanc. «C’est sûr que j’ai peur de la mort, peur de perdre ceux que j’aime, peur de mourir moi-même aussi. Vivre l’élaboration de ce spectacle, d’en parler avec ces femmes me donne l’impression d’avoir un bagage de plus, d’être peut-être un peu mieux armée.»

Blanc, d’Emmanuelle Marie, mise en scène de Geneviève L. Blais, avec Simone Chevalot, Isabelle Roy et un choeur de douze femmes de tous les horizons. À la Salle Fred-Barry, du 8 au 26 janvier.

haut