LUCIDITÉ PASSAGÈRELe parfait alliage entre drame et comédieClaudia Larochelle Le Journal de Montréal 10-12-2007 | 11h56
Et ce n'est pas à 15, 20 ou 25 ans que la lucidité, ne serait-elle que passagère, nous happe, trop occupés que nous sommes à gérer le fun de la découverte de la liberté sous toutes ses formes... Avec le fameux «retour saturnien», quand le sweet thirthy nous fait déjà entrevoir le forty, la réalité nous rattrape, l'urgence de vivre, d'assumer les erreurs du passé, de nous reproduire, de réaliser nos rêves, d'aimer pour de bon, de faire nos deuils, d'essayer d'être doués pour le bonheur... alléluia! Comme le programme est chargé, ça donne lieu à de belles remises en question loufoques et tristounettes aussi. Comme vous, comme nous C'est un portrait de cette réalité qu'a dépeint dans un moment de lucidité passagère l'auteur et comédien Martin Thibaudeau en imaginant la quête identitaire de huit personnages. Comme ils ressemblent au voisin, au collègue, au chum, au cousin ou à soi-même, on adhère à cette créationmiroir le sourire en coin. Dans un rythme soutenu et calibré, les mots de l'auteur sont à la fois doux et émouvants à l'oreille, si bien possédés par des acteurs imprégnés de cet univers mis en scène par l'attachant Patrice Coquereau, dont on perçoit la sensibilité intelligente jusque dans les moindres battements de cils des protagonistes. Nul besoin d'assister à des grandes élucubrations ni à des réflexions philosophiques qui n'en finissent plus d'être profondes pour que la chimie entre la puissance des idées et celle des interprétations opère. La simplicité de ce bijou dramaturgique donne de grands frissons, capte l'intérêt à cent milles à l'heure jusque dans ses quelques silences chargés de sens. Comme au cinéma Marquée par une écriture cinématographique ou télévisuelle, Lucidité passagère, qui sera d'ailleurs adaptée pour le grand écran en 2008, rappelle les La Vie, la vie, Tout sur moi et Rumeurs de ce monde. C'est dans l'air. Le discours ne sent pas pour autant le réchauffé. On embrasse le parfait alliage entre le drame et la comédie, l'amour et la haine, la peur et l'assurance. Dans la très intime salle Jean-Claude- Germain, on se lèverait pour prendre la parole, exposer notre expérience du passage de l'âge adulte... vers l'âge adulte. Ça sent la contagion. Avec son effet cathartique, cette pièce se savoure comme une soirée à refaire le monde avec les amis, quand au troisième verre de rouge les langues sont déliées pour le meilleur et pour le pire. |