FACES À FARCESEn douceur et en tendresseAgnès Gaudet 17-11-2007 | 04h00
Il n’y a pas si longtemps, les Lapointe père et fils ont à nouveau habité ensemble, durant trois ans. Il fallait le faire. Jean et Jean-Marie ont trente ans de différence et ils sont à mille lieues de se compléter. Mais leurs immenses différences n’ont d’égales que la complicité qui les unit et l’amour qu’ils se portent, en plus d’une passion pour la musique qui les rapproche beaucoup. À même ce contexte, entre les murs de l’appartement familial qu’ils partageaient, a vite germé un concept de spectacle, ce qu’ils appellent leur «carré de sable». En collaboration avec François Léveillée et Jean-Christian Thibodeau, qui ont tricoté leurs idées serré, Jean et Jean-Marie ont monté un show qui relate leur relation père-fils. La nature même de leur cohabitation avait un petit quelque chose de comique. Le plus vieux voulait que son fils déguerpisse et le plus jeune ne savait pas comment partir sans blesser son paternel.
Amour-Haine Dès le lever de rideau, Jean-Marie réchauffe la salle. Il met la table: «Avez-vous déjà vu mon père en spectacle dans les années soixante-dix? demande-t-il aux spectateurs. Sauf que là, c’est lui qui a 70!» Des coulisses, la voix du «bonhomme» bougonne un peu et Jean poivre à son tour fiston. C’est comme ça tout le long, un savoureux discours amour-haine.
À sa tête Jean et Jean-Marie n’avaient jamais travaillé ensemble sur scène ou si peu. Leur spectacle Faces à farces roule depuis le mois de mai. Leur union est une révélation. Chacun y trouve un partenaire idéal. «On a un fun noir, assurent-ils, tellement de plaisir!» «J’étais inquiet, avoue Jean, qui a fait le zing sur scène durant 57 ans. Je me suis aperçu qu’il avait du talent et beaucoup de rigueur. C’est un répéteux. Il me fait suer d’ailleurs avec ça. Mais ça donne de bons résultats.» «L’école de la scène a deux aspects, estime Jean-Marie, la formation par les cours et celle de la pratique. Je regarde travailler mon père depuis que je suis petit. J’ai appris le timing en le regardant. Il fallait que je l’essaie.» Depuis qu’ils présentent Faces à farces, les Lapointe touchent du bois. Chaque soir de représentation, ils reçoivent une ovation debout. Ce show-là, c’est simple, semble rendre le public heureux. Si tout le long, père et fils se «maganent», ils finissent en douceur et en tendresse. Seuls sur scène avec leur bande sonore, ils laissent toute la place à l’humain, finissent même avec l’adaptation d’une pièce de Michel Fugain, On n’aura pas le temps. «Contrairement à bien des choses inutiles que j’ai faites au cours de ma carrière d’humoriste, ce spectacle-là est utile. Si ce spectacle-là pousse une seule personne à aller voir un vieux dans une maison de retraités…» déclare Jean «… ou qu’il permet à un vieux d’appeler les enfants, ajoute Jean-Marie, on ne l’aura pas fait inutilement.»
Sénat et enfants malades Jean-Marie, en gardant un pied dans le métier, étudie pour décrocher un certificat en intervention auprès des jeunes, en plus d’apprendre la langue des signes. Il est aussi porte-parole du Défi sportif des athlètes handicapés et s’implique auprès des enfants en phase terminale de l’hôpital Sainte-Justine: «J’admire mon fils. Ça prend beaucoup de courage et d’abnégation pour faire ça, déclare Jean Lapointe. Je suis fier de ses choix.» Faces à farces est présenté au Théâtre du Gesù les 29 et 30 novembre et 1er décembre ainsi qu’au Grand Théâtre de Québec les 7 et 8 décembre.
|