JEAN-FRANÇOIS CASABONNEAfficher sa différenceRim Boukhssimi Le Journal de Montréal 10-11-2007 | 11h00
Quand il était petit, Jean-François Casabonne voulait être spéléologue. Aujourd’hui comédien, acteur et écrivain, il n’a pourtant pas l’impression de s’être éloigné de son rêve d’enfant. «Pour moi, cela s’est exprimé par le bien-être à être à l’intérieur de quelque chose et d’y grimper, explique-t-il. En fait, je suis un alpiniste des sommets du dedans.» Et à chaque rôle, il s’attaque à de nouveaux sommets. En pleine préparation de La Métamorphose de Kafka mise en scène par Oleg Kisseliov, le comédien, plongé dans son intérieur, parle de la pièce comme s’il l’avait écrite. «On va raconter l’histoire de cet homme qui se transforme, mais qui est la métaphore de quelqu’un qui affiche sa différence, dit-il. Il devient tellement sensible face à sa marginalité, toute sa torsion intérieure étant due en partie à l’ambivalence face à lui-même, mais aussi à une hypersensibilité face à ce qu’il est.» KAFKA EN SCÈNE À l’affiche le 13 novembre prochain, La Métamorphose est l’histoire de Gregor Samsa, un jeune employé modèle, représentant de commerce. Pilier de sa famille, Gregor vit avec ses parents et sa sœur Greta; il se voit un jour brutalement métamorphosé en insecte. La famille Samsa se retrouve alors sans ressources et, pour survivre, vit de petits boulots et héberge des locataires. Les liens entre le fils et ses parents se détériorent de plus en plus. Isolé par son anormalité, Gregor finit par se laisser dépérir. OLEG KISSELIOV «L’évocation de la pièce piquait ma curiosité et l’idée de la jouer commençait déjà faire une espèce de chemin en moi», explique le comédien. Puis il rencontre le metteur en scène russe et découvre sa manière bien particulière d’aborder l’œuvre. «Kisseliov a développé avec les années tout un vocabulaire gestuel. Il essaie d’établir une métaphysique du corps», dit-il. Le comédien ne cache pas son admiration pour le travail de mise en scène. «Oleg épouse de front tous les vecteurs qui convergent au théâtre, que ce soit la lumière, la scénographie ou la gestuelle. Ça m’épate!» s’exclame-t-il. Il précise cependant que les metteurs en scène qui s’impliquent à tous les niveaux de création existent également au Québec, mais se dit fasciné par le travail qu’ils effectuent ensemble. «C’est une approche qui peut sembler vertigineuse, mais pas au jour le jour et cela m’interpelle», confie-t-il. HOMME À TOUT FAIRE Entre théâtre, cinéma et télévision, le comédien ne veut pas choisir. «J’aime le côté rapide du cinéma autant que la lenteur du théâtre, dit-il. C’est un métier fabuleux.» Mais le théâtre vient tout de même chercher plus d’émotions et de métaphores qui lui sont chères. «Avant d’entrer sur scène, tu es dans le portique du présent. Le spectacle commence et tu jaillis du noir symbolique, comme une naissance que tu partages avec le public.» En parallèle de la pièce, Jean-François Casabonne prépare également la pièce Élisabeth, roi d’Angleterre de René Richard Cyr et Dr Jekyll et Mister Hyde, mise en scène par Jean-Guy Legault. Des pièces qui se suivent au coude à coude pour permettre au comédien de jouir encore plus longtemps de la scène, ce lieu «d’intemporalité où l’on peut avoir une prescience de clairvoyance qui laisse supposer l’éternité.» Jean-François Casabonne sera au Théâtre Prospero du 13 novembre au 8décembre dans La Métamorphose de Kafka, mise en scène par Oleg Kisseliov. |