MONTRÉAL, MÉTROPOLE CULTURELLE«L'avenir nous appartient» - Pierre Karl PéladeauDavid Patry Le Journal de Montréal 07-11-2007 | 11h59
Si la culture québécoise est relativement jeune comparativement aux cultures européennes et asiatiques, «l'avenir nous appartient», estime Pierre Karl Péladeau, qui participait à un dîner-causerie sur la métropole culturelle hier devant des gens d'affaires de Montréal. Faisant la distinction entre la culture et l'industrie culturelle, le chef d'entreprise a expliqué à ses interlocuteurs, la présidente de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Isabelle Hudon, et la directrice du Théâtre du Nouveau Monde, Lorraine Pintal, que pour rayonner à l'international, la culture québécoise doit rester rentable pour ceux qui l'exploitent. Selon lui, l'impact économique de la culture est sousestimé au Québec. De même pour l'importance des entreprises culturelles. Alors que la culture est souvent vue comme une affaire d'État, Pierre Karl Péladeau a brandi un récent sondage et a déploré que les loisirs et la culture soient la toute dernière priorité des Montréalais pour leur administration municipale. Donner la chance au privé Loin dans les priorités des citoyens envers l'État «le privé a donc sa place à prendre» pour stimuler la culture québécoise. Pour faciliter la tâche de l'entreprise privée dans son rôle, Pierre Karl Péladeau est revenu à la charge dans les dossiers de déréglementation, notamment au sujet du Fonds canadien de télévision (FCT). Quebecor y injecte 15 M$ chaque année. La compagnie souhaiterait pouvoir en mettre le double, mais sans être contrainte à adhérer au FCT. «Est-ce que ce sont les structures bureaucratiques qu'on doit stimuler ou plutôt les intervenants qui, à la fin de la journée, devraient en bénéficier?» questionne finalement M. Péladeau. Lorraine Pintal a répliqué en insistant sur l'importance du soutien de l'État en culture, notamment pour les disciplines artistiques qui suscitent un moins grand intérêt commercial. Le Québec a besoin d'un Montréal culturel fortLe Québec n'a pas les moyens de se passer d'une métropole culturelle forte, estime la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Christine Saint-Pierre. Mais le Canada veut-il d'un Montréal culturel fort? La ministre a hâte qu'Ottawa en fasse la démonstration lors du Rendez-vous novembre 2007. «Plus Montréal va être une grosse ville sur le plan de la culture à l'échelle internationale, plus tout le Québec va en profiter», affirme avec conviction Christine Saint-Pierre. «Montréal, c'est le gros moteur du Québec», souligne la ministre, qui croit que les succès de Montréal à l'étranger rayonnent sur toute la province. Selon elle, le Rendez-vous Montréal, métropole culturelle ne doit donc pas faire l'objet de confrontations entre Montréal et les régions, comme on a pu le voir sur d'autres sujets dans les médias récemment. «C'est le temps de se rassembler. Il faut faire en sorte qu'on pousse Montréal vers des standards internationaux», dit-elle. Appel au fédéral Sauf que pour propulser Montréal dans la haute sphère des grandes métropoles culturelles mondiales, le Québec a également besoin de l'appui du gouvernement fédéral. Rien n'est gagné de ce côté si on se fie à certains dossiers culturels où la province a accusé une fin de non-recevoir de la part du Canada, comme pour le financement du cinéma. Sans compter que le Canada compte deux nations, et donc deux métropoles culturelles. Et Toronto en impose de plus en plus. La Ville reine compte déjà plus d'artistes que Montréal et vient tout juste de se doter d'infrastructures culturelles d'envergure internationale. «La compétition est forte, admet Christine Saint-Pierre, faisant référence à la comparaison Montréal-Toronto publiée lundi dans nos pages. Il faut qu'on joue sur la francophonie, le Québec, le côté créateur. C'est très important. Il ne faut pas se laisser prendre la place par les autres», conclut-elle. Précisions: hier, en rapportant la vision de la présidente de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, nous avons utilisé les termes «bouée de sauvetage». Ces mots n'étaient pas ceux d'Isabelle Hudon. Il va sans dire que malgré les critiques, Montréal est loin d'être sur le point de sombrer. Mais l'ajout de flotteurs pour se maintenir au-dessus du niveau de l'eau est toujours le bienvenu... |