Accueil Divertissement
 
JDM
Larry Tremblay et Carl Béchard - Bas les masques!
© Photo Olivier Jean, Le Journal de Montréal

LARRY TREMBLAY ET CARL BÉCHARD

Bas les masques!

Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
03-11-2007 | 05h00
« On est un peu sadomaso… Toute personne a envers elle-même des sentiments positifs et négatifs, il y a des moments où on s’aime et d’autres où on se déteste. Ma pièce exprime ça.» Pour le créateur du Problème avec moi, Larry Tremblay, ce n’est pas parce qu’on est dans la souffrance que ça ne peut pas faire rire.

Rire de soi, des situations loufoques vécues par le personnage, rire des mots qui ne manqueront pas, par la même occasion, d’être touchants et rire de cette gestuelle si importante qui est partie intrinsèque des textes… Larry Tremblay et Carl Béchard n’ont surtout pas l’intention que le spectateur se prenne la tête en recevant leur proposition théâtrale. «Ça relève de l’absurde, mais en même temps, tout est compréhensible», souligne Béchard. «Ce n’est pas une pièce psychiatrique, c’est ludique et métaphysique, cocasse, loufoque avec des pointes d’angoisse», précise le dramaturge.

S’ils veulent que les rires fusent à Espace Libre, les créateurs souhaitent également susciter des réflexions sur notre condition humaine à travers un Léo qui se morcelle, puis se dédouble et une réelle joute verbale s’engage. Les deux Léo se butent l’un contre l’autre, se rassurent, se consolent et se provoquent. Dans les deux histoires vécues à deux périodes d’une existence, une même quête identitaire…

«À l’adolescence on porte des masques pour vivre et au mitan de la vie, on doit enlever les masques pour survivre. Trente années ont séparé la création de ces deux histoires Le Déclic du destin et Le Problème avec moi) et pourtant, il y a une grande ressemblance entre les quêtes de Léo», observe Carl Béchard.

QUI SUIS-JE ?

Si Le Déclic du destin s’inspire des univers de l’écrivain tchèque Franz Kafka, spécialiste des thèmes qui abordent la solitude, les rêves, les peurs et les complexes, le second a eu pour référence le film Psychose d’Alfred Hitchcock et le personnage de Norman Bates joué en 1960 par Anthony Perkins, qui se dédouble, montre un autre visage de lui-même à travers cet autre qui est lui. Ne pas aller au bureau un matin déclenchera une prise de conscience profonde. La confusion et la suspicion n’arrivent pas à effacer le doute concernant cet inconnu en face de soi.

Dans les deux courtes histoires mises en scène par Francine Alepin, Léo apparaît comme un «gratte-papier» évoluant dans une atmosphère «à la Kafka», où la société impersonnelle a de plus en plus d’emprise sur l’individu soumis aux pressions sociales, aux règles établies par des «forces supérieures». «Il est très peu défini parce que moins il est défini, plus il est universel. On ne dit jamais quel est son travail. On sait qu’il va au bureau, qu’il est orphelin et pas marié», indique Tremblay.

L’IMPACT DU GESTE

Si son texte revêt une importance majeure, la gestuelle intégrée comme une parole parallèle dans le jeu par la metteure en scène, reconnue pour ses performances de mime, notamment auprès de la compagnie Omnibus, demeure essentielle dans l’interprétation de Léo.

L’interprétation de Béchard, doué d’un instinct sûr pour le jeu corporel, s’amalgame bien à celle de Tremblay, spécialiste pour sa part de kathakali, danse-théâtre qu’il a étudiée lors de nombreux voyages en Inde.

«La metteure en scène a créé un texte gestuel. Elle eu l’idée de ces mondes parallèles et nous a permis d’utiliser certaines de nos techniques. C’est du théâtre où le geste est soigné, mais c’est le texte qui domine. Nos formations différentes nous permettent de proposer deux Léo», précise l’auteur de Ogre, montée en 1998 au Théâtre d’Aujourd’hui avec son complice Béchard. S’il y a dix ans, entre les deux, les ressemblances étaient frappantes, elles le sont d’autant plus.

Le Problème avec moi, précédé de Le Déclic du destin, textes de Larry Tremblay, mise en scène de Francine Alepin, avec Larry Tremblay et Carl Béchard. À Espace Libre, du 6 au 24 novembre.

haut