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QUARTIER DES SPECTACLES

Les bulldozers font du surplace

Marie-Joëlle Parent
Le Journal de Montréal
16-10-2007 | 11h28
Un an après l'annonce de son développement, le Quartier des Spectacles n'a pas encore pris vie. Pendant que la Vitrine culturelle vend ses premiers billets, l'expropriation de l'occupant de l'immeuble qui fera place à un nouvel édifice, le Redlight, s'annonce plus difficile que prévu. Les gens d'affaires de la rue Saint-Laurent sont inquiets des retards. Bilan de la situation.

Un an plus tard, le peep show à l'intersection Saint-Laurent/Sainte-Catherine se tient toujours debout. C'est à cet endroit qu'on veut construire le Redlight, un immeuble de huit étages, le phare de cet ambitieux projet de revitalisation du centre-ville culturel.

Construit au coût de 16 M$ et financé à 66 % par le privé, le Redlight abriterait billetterie, stations de radio, compagnies de danse et projections visuelles.

Le bâtiment a déjà trouvé ses locataires, ils sont déjà plus nombreux que le nombre de pieds carrés disponibles.

En attendant, les bulldozers font du surplace. Le problème, c'est que le locataire conteste son expropriation en Cour supérieure du Québec.

Rappelons que la Ville est devenue propriétaire de l'immeuble le 18 juin 2007. "La cause est devant le juge, mais cette partie-là n'empêche pas le reste du Quartier des Spectacles de se réaliser, précise Renée Sauriol, attachée de presse du maire Tremblay. On est en train de mettre tous les éléments en place pour que ça se développe à vitesse grand V. "

La Ville devrait présenter vers la fin octobre le plan précis de développement du Quartier des Spectacles. En coulisses, on affirme que la situation serait sur le point de se régler hors cour entre les avocats de la Ville et ceux du locataire du peep show.

L'immeuble a été fermé et placardé jeudi dernier après que les pompiers y eurent pénétré pour une inspection. Signe que les choses progressent.

Inquiétudes

Ce qui n'empêche pas les gens d'affaires du coin de s'impatienter.

«Nous demandons aux autorités de tout mettre en oeuvre pour que les obstacles à cette expropriation soient levés dans les plus brefs délais», ont cosigné Spectra, le Monument-National, le Club Soda, la Société des arts technologiques, la Place des Arts, le TNM et plusieurs autres dans une lettre datée du 24 septembre dont nous avons obtenu copie.

En juin dernier, Sammy Forcillo, membre du Comité exécutif de la Ville, avait proposé de relocaliser le locataire dans le magasin de lingerie Romance situé tout près.

«Mais personne n'a appuyé la proposition, qui est morte au feuilleton», explique Benoît Labonté, maire de l'arrondissement Ville-Marie.

L'édifice Redlight serait la clé de la revitalisation du quartier, martèle Christian Yaccarini, PDG du Technopôle Angus et instigateur du projet.

«On a l'appui de tout le monde dans ce projet, il n'y a aucune controverse, les propriétaires aux alentours attendent ce signal pour investir dans leurs immeubles», dit-il.

«Dans mon échéancier, je voudrai inviter la population à venir assister à la démolition de l'édifice, au printemps. Le jour où on a le terrain, on coupe le ruban 18 mois après», affirme M. Yaccarini.

Le Quartier des spectacles regrouperait l'îlot Balmoral, la Place des Arts, la place des Festivals, l'intersection Saint- Laurent/ Sainte-Catherine; bref, un projet de près de 100 M$.

«Pourtant, il y a un bouillonnement culturel incroyable à Montréal»

«Le centre-ville de Montréal est en arrière par rapport aux autres grandes villes. Pourtant, le dynamisme culturel et la créativité sont là», déplore Christian Yaccarini. Le père du Quartier des Spectacles, c'est lui. Montréal, grande métropole culturelle, il y croit encore.

Il parle avec conviction de ce que pourrait devenir Montréal. Il a des projets plein la tête. À l'écouter, on ne peut s'empêcher de rêver.

Redonner le centre-ville aux artistes. Leur louer à rabais des locaux dans les immeubles abandonnés comme le Wilder et le Blumenthal. Occuper les terrains vagues devant le Monument-National ou celui du métro Saint-Laurent.

Faire du tronçon Saint-Laurent entre René-Lévesque et Sherbrooke celui du commerce équitable. Installer au 2e étage des entreprises de création à proximité de l'UQAM.

Faire de l'îlot Balmoral la grand-place des Festivals. L'hiver, y aménager une patinoire comme au Rockefeller Center. Utiliser le système de réfrigération caché sous les marches de la Place des Arts.

«Tu la fais vivre huit mois par année, ça permet de mettre des commerces et, à la Ville, de collecter des taxes. En plus, ça crée une animation fantastique et le Canadien s'entraînerait là l'hiver», s'emballe Christian Yaccarini, celui qui rêve Montréal.

Mandat de la ville

Le PDG du Technopôle Angus a de la suite dans les idées. C'est lui que la Ville a mandaté il y a 15 mois pour concevoir les plans du Quartier des Spectacles.

Il a pourtant étudié en sciences politiques avant d'osciller vers le développement économique. Aujourd'hui, il porte le flambeau de la culture.

«Trois fois j'ai failli abandonner. Je ne suis pas payé, c'est Angus qui paie mon salaire. Si le projet ne se fait pas, tout le temps qu'on a mis là est perdu», dit-il.

Pourquoi continuer? «Il faut être persévérant, je veux le faire, je veux pouvoir me promener pis me dire: Sainte- Catherine/Saint-Laurent je l'ai fait.»

Immobilisme et festivals

Porter de si grands projets pendant que l'on parle de l'immobilisme culturel québécois... «L'immobilisme, ça ne vient pas des groupes sociaux, mais des structures; la Vitrine culturelle, (billetterie de dernière minute) ça n'a aucun sens que ça ait pris dix ans pour la créer.»

Il ne jette pas le blâme sur la Ville de Montréal, en pleine crise financière.

«La prise de conscience est faite, mais elle doit se faire à Québec ou Ottawa, le maire Tremblay, s'il l'avait, le fric, il les ferait, les affaires», ajoute-t-il.

La crise des festivals qui se répète chaque année illustre selon lui le manque de vision.

«Le scandale, c'est qu'Alain Simard soit obligé de se battre pour faire son festival même après 28 ans, alors qu'il devrait mettre toutes ses énergies à convaincre les plus grands artistes de jazz de venir à Montréal, pas de se demander où il peut installer ses kiosques», dit-il.

En attendant, Christian Yaccarini attend un signal de Montréal métropole culturelle, le rendez-vous de novembre. «J'ai espoir que le gouvernement annonce des projets concrets comme la place des Festivals», dit-il, confiant.

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