ARRÊTE TON CINÉMA!La recrue devient une sensationPascale Lévesque Le Journal de Montréal 10-10-2007 | 11h53
C'est franchement tout un pari que Rachid Badouri a gagné hier devant ses fans de toutes les couleurs et de tous les styles venus le voir au Théâtre St-Denis 1. Oh là là, qu'il était attendu, ce Rachid... à voir qui se trouvait parmi les spectateurs: autant de gens de l'industrie de l'humour que de la télé, tout comme ses pairs et amis, nombreux au rendez-vous. Et c'est ça, la planète Rachid. Une planète sans frontières qui réussit à rassembler les respectables chefs d'antenne et les fresh à casquette tout comme les amateurs de salsa et adeptes du set carré. À mettre en annexe à la commission Bouchard-Taylor! Surtout la partie où Rachid (aux origines marocaines) fait danser le baladi à Dominique Michel. La voilà, la magie de Rachid. Car s'il peut transformer notre Dodo nationale en danseuse arabe, il peut, lui, de son côté, se faire Marocain, Vietnamien, Italien, Beauceron et Bleuet! Tout ça pour nous faire rendre compte qu'au final, dans leurs différences, les humains sont tous animés par le même désir d'être acceptés. Le comique prend ainsi un malin plaisir à se moquer de son père, faisant de son arrivée au Canada et de son adaptation la pierre d'assise et le ciment de son propos. On voyage ainsi à travers ses expériences de jeune fils d'immigrants (à Laval), ses héros, ses premières danses et, surtout, ses différentes phases: d'abord celle de sa première idole, Michael Jackson (sur qui il a arrêté de triper depuis qu'il ressemble à Cornelius, de La Planète des singes!), sa phase fresh et, au final, sa phase Gino. Le tout prétexte à se mettre en valeur dans des numéros où la danse est ses habiletés physiques sont à l'honneur. C'est d'ailleurs là où il excelle le mieux: sa façon de raconter son combat de danse à la polyvalente et sa première sortie au Club Dôme étaient de loin les meilleurs numéros du spectacle. Bon conteur Parce que l'humoriste n'est pas seulement qu'un bon conteur très imagé: s'il parle d'un club disco, il nous y emmène avec lui. C'est tout juste si on ne se commande pas un shooter nous aussi! À corriger ou à raccourcir: ce numéro sur le mariage vietnamien, qui tombe un peu à plat en première partie. Il était aussi cabotin par endroits, ayant la fâcheuse habitude de laisser échapper un rire nerveux de temps à autre lorsque moins sûr de ses gags. C'est un secret de Polichinelle que de dire que Juste pour rire, qui est son producteur, a de grandes vues pour lui ici comme en Europe. Et avec ce qu'on a vu hier, les portes du Vieux Continent ne seront pas dures à ouvrir... Tant sur le plan de la scénographie, qui rappelle beaucoup les shows de Jamel Debbouze, que sur celui des thèmes abordés, il réussira à se rallier un large public. Parce que Rachid Badouri n'exploite pas les références d'un peuple, mais celle de sa génération, marquée par les années 1980, et c'est ce qui rend son spectacle si universel. |