LE DOUTELe bien et le mal revisitésBruno Lapointe Le Journal de Montréal 16-09-2007 | 05h06
Le Journal de Montréal 1964, une école catholique dans le Bronx. Le père Flynn, prêtre de la paroisse, voit peser sur lui de lourdes accusations de pédophilie. La sœur Aloysius, directrice de l’école, a de sérieux doutes quant à la moralité du prêtre, mais ne parvient pas à assembler les éléments nécessaires pour formuler une accusation en bonne et due forme. Déterminée à le démasquer, elle amorce une quête visant à prouver hors de tout doute que le prêtre est coupable. Mais l’est-il réellement? DES ACTEURS SÉDUITS En effet, pour une rare fois sur les planches, on offre un récit qui tranche avec les oeuvres auxquelles est habitué le public québécois. Tant pour Louise Laprade que Gabriel Sabourin, c’est le côté unique de cette oeuvre de John Patrick Shanley qui a d’emblée suscité l’intérêt. «C’est difficile d’écrire un thriller pour le théâtre. Souvent, on doit se limiter à un seul lieu. Au cinéma, on dispose de moyens de montrer différents lieux et de revenir sur certaines choses, mais la plupart des pièces de théâtre sont des huis clos», souligne Gabriel Pelletier, qui incarne le prêtre sur qui pèsent les lourds soupçons. Ils se réjouissent donc de pouvoir livrer un récit de la sorte en temps réel, sur les planches, devant leur public. Voilà qui distingue l’expérience du théâtre du petit et du grand écran. «Sur une scène, c’est très différent de sur un plateau de tournage. On peut approfondir constamment notre personnage, soir après soir. Et quand le public répond bien, c’est merveilleux de vivre cette belle communion», témoigne Louise Laprade. Même son de cloche du côté de Gabriel Sabourin. «Au cinéma, la caméra y est pour beaucoup. Mais au théâtre ,rien ne peut être laissé au hasard, on doit devenir notre personnage jusqu’au bout des ongles», complète-t-il. PÉDOPHILIE Dans Le Doute, le bien et le mal sont abordés dans une perspective résolument moderne. Louise Laprade, ayant elle-même grandi dans un climat semblable, se réjouit donc de pouvoir jeter un regard actuel sur un passé qui lui est familier. «Je me souviens avoir été éduquée par des religieuses. Mais en dépit d’être un portrait réaliste de l’époque, le récit fait fi des années. Les situations dans la pièce deviennent un prétexte pour parler des dimensions sociales et culturelles qui sont encore aujourd’hui pertinentes. C’est à la fois plein de contenu, mais également très accessible», explique la comédienne qui incarne la directrice de l’école. «La pédophilie devient ici un prétexte pour parler des préjugés face aux races, à l’homosexualité, aux nouvelles idées modernes et à toutes ces thématiques qui font partie de nos discussions actuelles», complète Gabriel Sabourin. COMPLICITÉ VISIBLE ET PALPABLE Cette complicité entre les deux comédiens est palpable. Ayant déjà travaillé ensemble dans le passé, c’est une expérience collective cumulée qu’ils mettent ici à profit. «Quand on se retrouve après avoir déjà travaillé ensemble, on reprend bien vite là où on avait laissé. On sauve bien du temps puisqu’on se connaît déjà, on a moins peur de se lancer», confie Louise Laprade. Les deux interprètes s’entendent pour affirmer que Le Doute permettra aux spectateurs de se questionner sur leurs propres certitudes. «Pour plusieurs, douter est un signe de faiblesse. Mais au contraire, c’est bon de se questionner, de ne pas être trop sûr de certaines choses», conclut Gabriel Sabourin. Le Doute, texte de John Patrick Shanley traduit par Michel Dumont, mise en scène de Martine Beaulne. Mettant en vedette Gabriel Sabourin et Louise Laprade. Compagnie Jean Duceppe, du 12 septembre au 20 octobre. |