CHINEDavid vaincra-t-il Goliath?Dany Bouchard Le Journal de Montréal 14-09-2007 | 06h33
Large mais ferme, la clause oblige ses partenaires directs (hôtels, casinos...) à respecter des «paramètres de responsabilité sociale», qui prévoient, notamment, des salaires décents et des conditions de travail acceptables pour les travailleurs. «On a un bout du bâton; ils font du cash avec nous et s'ils veulent continuer d'en faire, on leur dit: c'est ça nos valeurs», résume sans détour le vice-président du service Citoyenneté, Gaétan Morency, à l'origine de la clause. «On a eu beaucoup de conversations à l'interne à ce sujet-là», admet Daniel Lamarre, le président et directeur général du Cirque du Soleil.«La problématique se pose en Chine, mais aussi à Dubaï, aux Émirats arabes unis, où le Cirque aura une salle permanente en 2010», souligne-t-il. Rare privilège Imposer des règles en Chine est un rare privilège dont jouissent peu d'entreprises. Le rapport de force du Cirque est d'autant plus grand que Macao cherche à se développer de la même façon que Las Vegas, avec ses casinos clinquants et ses spectacles haut de gamme. À voir:
«Je dis chapeau au Cirque du Soleil!» lance Zhan Su, un professeur en stratégie et en management international à l'Université Laval, et directeur d'un groupe d'études et de recherche sur l'Asie contemporaine. «Les PME qui font des affaires là-bas auraient de la difficulté à faire accepter des conditions comme celle-là, mais le Cirque du Soleil a un rapport de force très différent», dit-il. «La culture traditionnelle chinoise est très flexible et les Chinois assouplissent les règles très rapidement. Tout est souvent question d'argent et de profit, mais il faut que les entreprises restent fermes.» «Le timing est très bon» Selon l'enseignant, le Cirque du Soleil amène sa clause à un excellent moment. «Le timing est très bon, d'abord parce qu'on a beaucoup de problèmes ces temps-ci avec ce qui est made in China, [...] et parce que le gouvernement chinois subit beaucoup de pression depuis 2004 pour faire changer les choses.» Au moment de signer son premier contrat avec Sands (le propriétaire de l'hôtel-casino The Venitian) pour un spectacle permanent à Macao en 2008, la clause de responsabilité sociale du Cirque n'avait pas encore été rédigée. L'entreprise l'a incluse au bas de son premier contrat à Dubaï et de son second en Chine, avec les mêmes partenaires. «À partir de maintenant, ça va suivre; dans nos contrats avec les promoteurs de tournée, avec nos commanditaires, avec les événements spéciaux», énumère M.Morency. «On a une gang très articulée et très sensibilisée», ajoute-t-il au sujet des artistes et techniciens du Cirque qui signalent chacune des situations contrevenant aux droits de l'homme ou des travailleurs, peu importe l'endroit du globe où ils se trouvent. «Quand on est allés au Chili, raconte Daniel Lamarre, les employés temporaires n'étaient pas traités à notre niveau. On est allés voir le promoteur et on lui a dit de changer sa façon de faire ou qu'on ne reviendrait plus.» Rêver de changer les choses... «En développant des projets à l'étranger, on a décidé d'aller ailleurs et d'être des agents de changement. [...] On ne changera pas tout demain matin, mais on veut essayer de contribuer, à notre petit niveau. On est des rêveurs», répète Daniel Lamarre. «Si on a le moindre doute (au sujet des partenaires), on n'embarque pas, c'est tout», tranche-t-il. Pour le premier spectacle du Cirque du Soleil à Macao, le groupe Sands (propriétaire du Venitian) a accepté de payer pour la construction du théâtre et d'absorber la facture liée à la production du spectacle. Une somme évaluée à 200millions de dollars. Une question d'influencePrésentées la pour première fois la semaine dernière à ses partenaires arabes, les positions sociales du Cirque du Soleil ont reçu un accueil étonnamment favorable. Le contrat entre le Cirque du Soleil et le promoteur immobilier Nakheel s'est signé en février dernier, mais la négociation entre les deux partenaires a toujours cours. «On en train de discuter du contrat - d'à peu près 150 pages -, et on parle de chaque clause l'une après l'autre», précise Gaétan Morency, le vice-président du service Citoyenneté du Cirque du Soleils, tout juste revenu des Émirats arabes unis. Discussions La nouvelle clause de responsabilité sociale, ajoutée pour la toute première fois à ce contrat précis, a fait l'objet de discussions la semaine dernière à Dubaï. «Ils ont réagi extrêmement positivement», signale M. Morency, en avouant sa surprise. «Ils ont eux aussi cette vision-là, mais ils ont aussi leur culture. C'est par là qu'ils veulent aller, et ils veulent y aller aussi vite qu'ils ont fait tout le reste.» «Ils ont besoin de nous» Comme en Chine, le poids et l'influence du Cirque du Soleil comptent pour beaucoup dans la réaction de ses partenaires arabes. «Ils ont besoin de nous, concède M. Morency, parce que sur le plan artistique, il ne se passe rien là-bas si n'est quelques spectacles dans des mosquées ou des minarets. On se retrouve devant des gens qui sont prêts à mettre les bouchées doubles.» Comme en Chine, le Cirque du Soleil se défend bien de débarquer à Dubaï avec l'intention de changer le monde. «C'est une clause d'intention et c'est l'occasion d'ouvrir la discussion sur ce sujet-là. «On fait ça en toute humilité parce que ça fait partie du code génétique de l'entreprise.» Clause de responsabilité sociale
|